Döner 2 le son, pas de leçons mais du son
Avec un nom pareil, difficile de résister au jeu de mots : Döner 2 le son ne donne effectivement pas de leçons, il préfère faire parler la musique. Et pour son premier album, First Lesson, le duo bordelais choisit plutôt bien son terrain de jeu : rock, cold wave, dub, sonorités latines et influences moyen-orientales se croisent sans chercher à rentrer dans une case bien définie.
Derrière Döner 2 le son, on retrouve Rico da Halvarez et Milos Ares Asian Teran, deux musiciens qui se connaissent depuis longtemps. Leur parcours commun remonte notamment à leurs années au sein d’Aléatoire, avant une nouvelle collaboration autour d’Éduquez vos fils. Les sessions improvisées au Kitchen Studio finiront par faire émerger ce nouveau projet à deux.
Et « à deux » ne signifie évidemment pas « limité à deux instruments ». Rico da Halvarez navigue entre samples, machines, synthétiseurs, basse, guembassé et percussions tandis que Milos Asian assure notamment guitares, claviers, chant, textes, arrangements, batterie et percussions.
First Lesson, un album qui brouille les frontières
Disponible depuis le 23 octobre 2026 chez Sea of Flames Records, First Lesson propose dix titres qui donnent rapidement une idée de la démarche du duo.
L’album démarre avec « Solution », avant d’enchaîner avec « Cracula » et « Amor Universal ». « All Strangers », enregistré en public au Kitchen Studio, apporte une autre dimension au disque, tandis que « Camel Dance », avec la participation vocale de Oo’, pousse encore un peu plus loin cette volonté de mélanger les influences.
Le voyage se poursuit avec « Zagreb », « Medzoi », « Mushushshu », « Vernon SBX » et « Your Prayer », enregistré en live à Barbezieux. Une diversité de titres qui explique finalement assez bien pourquoi les étiquettes deviennent vite réductrices lorsqu’il s’agit de parler de Döner 2 le son.
La dimension expérimentale n’est d’ailleurs pas un simple argument promotionnel : Bandcamp classe également First Lesson du côté de l’expérimental, de l’avant-garde, de l’electronica et de la musique du monde.
Döner 2 le son, le goût du mélange
Ce qui rend Döner 2 le son intéressant, c’est justement cette façon de ne pas choisir entre plusieurs cultures musicales. Le rock apporte l’énergie et la structure, la cold wave installe parfois une atmosphère plus sombre et hypnotique, tandis que le dub ouvre l’espace avec ses basses et ses traitements électroniques.
À cela viennent s’ajouter des couleurs latines et moyen-orientales qui donnent au disque une personnalité bien particulière. Le résultat n’a rien d’un collage artificiel : les différents éléments semblent plutôt servir une même recherche autour du rythme, du son et de l’expérimentation.
Quelques invités viennent également enrichir cette palette, notamment le trompettiste Ben Ransom, le percussionniste Jean-Marc Pierna et la chanteuse Oo’.
L’enregistrement et le mixage ont été réalisés au Kitchen Recording Studio par Milos Ares Asian Teran, avec une exception notable pour « Vernon SBX », masterisé aux studios Abbey Road par Geoff Pesche.
Un premier album qui mérite l’écoute
Avec First Lesson, Döner 2 le son signe donc un premier album qui préfère la curiosité aux frontières musicales. Ce n’est pas nécessairement un disque que l’on écoute pour retrouver un style précis à chaque morceau, mais plutôt pour se laisser embarquer dans un univers sonore où le rock peut croiser la cold wave, où le dub rencontre les musiques du monde et où l’expérimentation conserve toujours une place importante.
Après « Zagreb », dévoilé avant la sortie de l’album, le duo bordelais dispose désormais d’une carte de visite particulièrement complète.
Et si le titre First Lesson laisse entendre qu’il ne s’agit que d’une première leçon, on peut raisonnablement espérer que Döner 2 le son n’a pas l’intention de rendre le prochain chapitre beaucoup plus sage. Pas de leçons, donc. Du son, encore du son… et pourquoi pas quelques surprises supplémentaires.
Membres
Wagdi Éric Aouanes aka Rico da Halvarez : samples, machines, synthétiseurs, basse, guembassé, percussions.
Milos Ares Asian Teran : guitare, claviers, chant, textes, arrangements, batterie, percussions.
Discographie
Albums studio
2026 – First Lesson
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Une auto-interview à deux voix
Rico et Milos ont accepté de se prêter au jeu de l’auto-interview, avec une formule un peu particulière : chacun prend tour à tour la parole pour poser deux questions à l’autre et y répondre. Un échange croisé qui permet de découvrir les deux personnalités derrière Döner 2 le son, avec leurs propres mots.
Question 1 (Milos à Rico) :
Rico, depuis quand fais-tu de la musique ? As-tu toujours été attiré par la musique électronique et les machines ? Enfant, quel était ton rapport avec la musique ?
Rico : Je fais de la musique depuis mes huit ans (piano classique) ; après une pause, j’ai opté pour la basse au lycée, à 15 ans. Cela fait donc 45 ans que je fais de la musique 🙂
J’ai toujours été attiré par la technologie (jeux électroniques, consoles, Atari 600XL), mais les machines pour faire de la musique, je les ai vraiment découvertes avec mes premières boîtes à rythmes (Boss DR-550 notamment) dans les années 90. C’est en 1998, avec le projet Loubia Dobb System, que j’ai commencé à travailler avec des machines plus sophistiquées, comme la MPC 2000.
Enfant, mon rapport à la musique était celui d’un mélomane en herbe. Je me souviens que mon grand frère, qui possédait une discothèque très fournie, me mettait le casque sur la tête et me faisait découvrir ses coups de cœur. Ainsi, j’ai découvert le reggae de Bob Marley, Culture, The Gladiators, Black Uhuru, mais aussi les Talking Heads, Roxy Music, Tubeway Army, The Cure, Joy Division, Frank Zappa, The Residents, Bauhaus, Killing Joke… la liste est loin d’être exhaustive. J’ai d’ailleurs hérité de ces disques, que j’écoute encore à l’occasion.
Question 2 (Rico à Milos) :
Même question pour toi, Milos : depuis quand fais-tu de la musique ? As-tu toujours été attiré par la musique électronique et les machines ? Enfant, quel était ton rapport avec la musique ?
Milos : Je ne saurais pas où commencer… alors je me lance ! Je suis fan d’indie folk, de post-rock, de musique orientale, du Moyen-Orient… et de toutes les musiques de la planète. Enfant, j’ai vécu entre la France, le Pérou et le Moyen-Orient. Je pense que notre subconscient alimente le chemin de l’inspiration lors du processus créatif. Par exemple, je ne me rappelle pas ce que j’écoutais avant mes 10 ans : mes parents mettaient la radio péruvienne dans ma poussette parce que cela m’endormait, j’ai dû en écouter des choses pendant cette période…
Entre mes 10 et 16 ans, je me rappelle avoir fait tourner pas mal de cassettes de musique sud-américaine, de chanson française, de rock’n’roll, de twist. Mes parents adoraient la musique, et c’était l’époque des chaînes hi-fi : dans le salon, j’avais droit à toute la sonothèque sud-américaine, au disco, à la dance music… tout ce qui était mainstream à l’époque, début des années 90, mainstream avec un grand M. On habitait au Moyen-Orient à l’époque, alors il fallait que ce soit bien connu pour arriver là-bas.
J’ai commencé la guitare classique vers 12-14 ans, avec un prof indien dont je garde un super souvenir. Il m’a appris des accords et à faire des arpèges. J’avais un album CD de musique mexicaine avec les accords écrits dans un livret ; je me rappelle avoir joué avec la bande souvent, jusqu’à y mettre pause.
On va dire que je me suis plus mis au sérieux dans la musique à l’adolescence : on était des potes qui répétaient dans un préfabriqué en pleine cagna, et ce sont eux qui m’ont fait découvrir The Cure, The Doors, Pink Floyd, Tori Amos, Frank Zappa, Jeff Buckley. Ça a lancé la machine : depuis ce moment-là, j’ai été très curieux et je voulais écouter tous les styles possibles, une vraie faim de connaissance. Nous avions formé un groupe, « ESSEM », avec nos compositions ; on jouait aussi des reprises de The Cure, Tori Amos, Nirvana…
Question 3 (Milos à Rico) :
Peux-tu nous parler de ton processus créatif ? As-tu développé avec le temps une méthodologie qui t’est propre ? Y a-t-il de nouvelles choses que tu aimerais explorer ?
Rico : Difficile de répondre de façon exhaustive, mais j’aime bien le hasard, qui est au cœur de mes activités artistiques en net art / art numérique et en musique.
Ces derniers temps, j’ai découvert le RND Synth de Cyma Forma et Bambounou. Cet outil est vraiment top pour donner un point de départ à une composition. Longtemps, j’ai considéré l’improvisation comme la discipline reine, et cela s’est traduit par le projet ALéATOIRE. Côté méthodologie, j’aime partir de samples, la plupart du temps des sons que j’enregistre au gré de mes balades, et en extraire un contenu mélodique qui servira ensuite à bâtir une construction mélodique et harmonique plus complexe. Parfois, c’est tout simplement la basse qui me vient en premier…
Dans le projet Döner 2 le Son, j’ai testé différents setups, avec des machines reliées en MIDI, formant ainsi une sorte d’orchestre électronique. Je n’ai à ce jour pas encore trouvé le setup idéal, mais je me rends compte que j’utilise de plus en plus souvent certaines de mes machines, comme le Polyend Tracker, le Gecho Loopsynth, et mon synthé favori du moment, le Xsynth. J’ai pas mal utilisé les machines de la famille MPC d’AKAI, mais en ce moment, je boude ma MPC One 😀
J’ai une prédilection pour les outils nomades et peu encombrants, la palme revenant à la magnifique Woove Box, que je ne maîtrise pas encore, mais je m’accroche !
Il y a toujours de nouvelles choses à explorer : en ce moment, je bloque sur la RECODER Pedal de Gamechanger Audio, et je vais sans doute bientôt craquer pour leur Plus Pedal II. Milos et moi avons la première version, qui a permis de créer des atmosphères uniques qui (chuuut…) vont sans doute sortir en bonus track de First Lesson.
Question 4 (Rico à Milos) :
Le projet Döner 2 le Son, comment le vois-tu, comment le vis-tu ? Comment travailles-tu en duo ?
Milos : Je vois ce projet comme une boîte de Pandore : à chaque fois que l’on se réunit pour une session, nous sommes agréablement surpris du résultat. C’est quelque chose auquel on tient tous les deux : on y met nos tripes.
Le fait de travailler sur ce projet électro-acoustique m’a rapproché des machines. Avec Rico Da Halvarez comme mentor, je m’y suis mis à mon tour et j’ai commencé à travailler sur des machines. C’est quelque chose que j’ai toujours voulu comprendre, étant très attaché aux instruments. C’est une des facettes que j’aime dans ce projet : il est tellement inspirant et libre artistiquement qu’il a révélé des recoins de mon subconscient. Parfois, on se retrouve sans savoir ce que nous allons faire, et le hasard fait parfois bien les choses.
J’ai plusieurs façons de procéder dans la production de musique, que ce soit en duo ou à plusieurs musiciens. L’important est de bien se comprendre dès le départ, de se connaître soi-même aussi et de rester fidèle à ses sentiments. Car lorsque l’on réunit plusieurs producteurs-compositeurs au sein d’un même projet, il faut être assez méthodique tout en se faisant plaisir pendant la période créative, pour que cela reste récréatif. Mais en gros, lorsque l’on commence tous les deux à bouger et à taper du pied, c’est que l’on est bien. C’est un peu notre règle : si cela ne nous met pas dans un état de transe rationnelle, on le met de côté pour plus tard.
Une dernière nouvelle : le duo vient de publier un single, un remix d’« Amor Universal » par DJ momomo, en exclusivité sur Bandcamp.
Merci à Milos et Rico pour cet échange exclusif avec Mazik !
Jean-Luc Admin Mazik 2026©



