Seven Eyed Crow dévoile son ambitieux Emerge

Fondé à Bordeaux en 2013, Seven Eyed Crow s’est imposé au fil des années comme l’un des acteurs les plus singuliers de la scène progressive hexagonale. Avec la sortie de Emerge, son quatrième opus, le quintet franchit un cap décisif : celui de la maturité artistique et conceptuelle.

Une décennie d’expérimentations maîtrisées

Fondé par Aurélien et Tom, le projet s’est rapidement transformé en véritable laboratoire sonore avec l’arrivée d’Alex, Fredo et Jay. Leur nom – un corbeau doté de sept yeux capable d’observer sept dimensions – n’a rien d’anodin. Il reflète cette volonté d’explorer le passé, le présent et l’avenir, mais aussi des territoires plus symboliques comme le rêve ou la chute.

Seven Eyed Crow

Dès Dark Ways To The Sun (2015), puis Organized Chaos (2018), le groupe pose les bases d’un metal progressif hybride, nourri d’influences allant du reggae au metal extrême, du jazz au post-rock. L’EP Icarus (2022) affine encore cette identité, notamment avec l’apport du bassiste Yoann Roy, dont le groove audacieux apporte une nouvelle profondeur rythmique.

Souvent rapproché de formations comme Leprous, Karnivool, Meshuggah ou Oceansize, Seven Eyed Crow cultive pourtant une signature profondément personnelle.

Emerge : le choc des contrastes

Avec Emerge (janvier 2026), le groupe livre un album dense en dix titres qui refuse toute étiquette figée. Djent acéré, rythmiques jazz sinueuses, textures post-rock atmosphériques : chaque morceau joue sur les contrastes.

Le single d’ouverture, “Gaslighted”, pose d’emblée le décor avec son commentaire social mordant. Plus loin, “Mind Blowing Signs” impressionne par sa construction labyrinthique, enrichie d’un solo invité de Mathieu Pascal (GOROD). “We All Shall Fall” accueille Denis Cornardeau à la guitare, tandis que “Hello Stranger” bénéficie des claviers de Christophe Ithurritze, ajoutant une dimension presque cinématographique.

Seven Eyed Crow - Emerge

Mais Emerge n’est pas qu’une démonstration technique. L’album s’attaque frontalement aux excès du capitalisme, à la crise climatique et à la quête de sens dans un monde sous tension. Les textes visionnaires de Jay agissent comme un miroir inquiet de notre époque.

Le mixage et le mastering confiés à David Thiers (Secret Place Studio) offrent à l’ensemble une clarté et une puissance qui magnifient la richesse des arrangements.

Un metal progressif conscient et audacieux

Après plus de dix ans d’évolution, Seven Eyed Crow signe son œuvre la plus ambitieuse. Emerge est une expérience immersive, exigeante mais profondément émotionnelle. Un disque qui interpelle autant qu’il impressionne.

À l’heure où beaucoup se contentent de recycler les codes du genre, le quintet bordelais choisit l’audace. Et ça fait du bien.

Membres de Seven Eyed Crow

Aurélien : Guitare
Tom : Basse
Alex : Guitare
Fredo : Batterie
Jay : Chant

Discographie de Seven Eyed Crow

Albums studio
2015 – Dark Ways To The Sun
2018 – Organized Chaos
2026 – Emerge

EP
2022 – Icarus

Facebook | Youtube | Bandcamp

Crachin explore la violence et l’aliénation dans Tour de Silence

Le post-rock normand reprend ses droits avec Crachin, projet solo créé par Hugo Drouet en 2025 à Rouen, ancien membre de Spleen XXX. Avec « II », premier extrait de l’EP « Tour de Silence », le musicien signe une œuvre pesante, hypnotique et frontalement engagée, qui explore les frénésies humaines et l’abandon de l’idée de reprendre le pouvoir.

Crachin

« II » : un constat sombre de notre époque

Sorti le 27 février, « II » s’impose par sa tension progressive et sa capacité à mêler post-rock et ambient expérimental. Hugo Drouet y dénonce l’habituation à la violence et l’embrigadement des jeunes perdus dans un système capitaliste et répressif. Le clip prolonge cette réflexion, illustrant la mécanique de propagande et les figures d’un échec collectif. Musicalement, le morceau évoque les atmosphères lourdes et méditatives de Godspeed You! Black Emperor, Ulver ou Boards of Canada, entre drone, textures ambient et crescendo émotionnel.

Un EP cathartique et litanique

Tour de Silence, prévu pour mars 2026, se compose de trois parties, chacune construite comme une lamentation. Mixé par Crachin et masterisé par Déhà (Wolvennest, SLOW) au Blackout Studio, l’EP déploie un post-rock grave et asthénique, oscillant entre tension dramatique et paysages sonores contemplatifs. Le projet se veut une capsule dénonçant l’aliénation et la manipulation individuelle par des systèmes oppressifs, offrant une expérience cathartique autant qu’immersive.

Crachin

Membres de Crachin

Hugo Drouet : Guitares, samples, compositions

Discographie de Crachin

2025 – Tour de Silence – EP

Bandcamp | Youtube

Hugo a bien voulu se prêtet au petit jeu de l’auto-interview

Pourquoi "Crachin" ?

La bruine. Un voile humide. Dans l’ouest français, le crachin nous accompagne en silence et donne son âme aux paysages. Etant de Rouen depuis toujours, j’estime que le crachin devrait s’immiscer dans la nomenclature du syndrome dépressif en tant qu’état à part entière. Je rends ici hommage à ce concept.

La création de crachin s’est faite en silence durant 2025 avec comme seul mot d’ordre, retranscrire ce sentiment qui ne me quitte pas.

Crachin, masc. : Petite pluie fine et pénétrante; Dépression psychique exogène entre la Bretagne et la Normandie.

Quel est ton processus créatif ?

L’art est, à mon sens, un besoin qui ne peut être commandé. L’idée de l’EP émerge en même temps que le premier son qui se matérialise dans mon esprit. Etant idéaliste malgré moi, la réalisation concrète d’un projet me semble être une montagne insurmontable mais qu’il est nécessaire d’arpenter pour lancer la machine.

Crachin est un sentiment qui ne peut être travesti, j’ai donc composé, aggloméré mes idées que j’ai répétées inlassablement dans mes pensées jusqu’au jour où cela a dû sortir d’un seul coup. Il faut imaginer l’EP « Tour de Silence » comme si nous, les créateurs (peu importe la discipline), étions comme une antenne radio qui captions l’anxiété extérieure de l’info, de nos amis, de nos familles et devions la retranscrire comme un tableau. Les musiques qui m’ont le plus emporté sont celles qui m’ont fait voir des paysages, j’ai tenté ici de montrer le mien.

La musique de Crachin est-elle "politique"?

N’étant pas un grand amateur de l’esprit romanesque, je me rattache à la réalité. La réalité, est inscrite dans la pierre et dans nos esprits. Elle est sans limite morale et extrêmement violente. On peut dire que cette création est profondément politique, il n’y a de paroles que dans les samples de propagande. C’est un appel à l’aide, à l’éveil, comment le système peut-il être aussi décevant et créateur d’autant de malheur ?

Nous sommes dans un entonnoir, si on le secoue un peu, on tombe tous au fond. Et le savoir ne fait pas tout, nous restons passifs alors que nous devrions nous servir des lumières du passé pour reprendre le pouvoir sur le verbe et les idées, que nous avons relégués à des représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes et leurs intérêts propres. J’essaye ici, sans jamais perdre espoir, d’alerter avec un cri abstrait, que nous-mêmes, nos enfants, nos amis, notre société, sommes à l’orée de faire des choix. De la fleur au fusil à la chair à canon il n’y a qu’un pas.

Quelles sont tes influences ?

La première influence est la ville de Rouen, un endroit que j’aime profondément, de son architecture aux gens qui la compose. C’est une « vibe » à elle seule.

J’ai commencé à former mon oreille sur des projets Rouennais comme Hyadningar, Ataraxie, Funeralium, qui sont 3 projets consanguins de Black Metal et de Doom funéraire.

Pour Crachin, je dirais que le Afterlife d’Amenra ou les parties calmes de Funeralium et Ataraxie ont été mon mojo lors de la réflexion sur le choix des sons.

Et bien sûr, Godspeed You! Black Emperor, les maîtres en ces lieux qui m’apportent au quotidien un sentiment lourd de liberté.

Dernier mot

Chérissez vos amis, chérissez vos amours, chérissez votre quotidien et les gens qui le composent. Penser n’est pas suffisant.

De mon côté, je travaille sur l’album de Crachin en parallèle de deux autres projets : Un de Drone orchestral et un de Black Metal qui sortiront courant 2026. Je tiens à remercier Déhà pour sa gentillesse et son travail au Blackout Studio pour le master, Clément Verhaeghe pour la réalisation du logo, Emy Bertaud pour son œil précis et les photos promotionnelles de Crachin et Aurélien et Quentin pour leur professionnalisme et soutien avec Wattsnext? promotion.

La pochette de Crachin a été réalisée par ma compagne Lycia et moi-même avec un polaroïd SX-70 aux alentours de Rouen, dans une zone où l’industrialisation a pris le pas.

 

Merci Hugo, nous te souhaitons le meilleur pour la suite 🙂

Jean-Luc Admin Mazik mars 2026©