Edwàr, l’alsacien réinventé en jazz poétique

Une langue régionale comme moteur créatif

Edwàr ne se contente pas d’introduire l’alsacien dans la musique actuelle : il le réenchante. Il lui insuffle une couleur contemporaine, un groove subtil et une profondeur expressive qui dépassent largement le cadre régional. Sa musique se vit autant qu’elle s’écoute, et invite à repenser la langue dialectale comme un véritable levier créatif, affranchi des frontières culturelles et linguistiques.

À une époque où les esthétiques musicales se croisent, se déconstruisent et se réinventent sans frontières, certains artistes puisent leur élan créatif dans une histoire profondément personnelle. Edwàr s’inscrit dans cette lignée. Projet solo d’Édouard Heilbronn, auteur-compositeur-interprète alsacien installé à Strasbourg, il est originaire d’Obenheim, village du Ried alsacien où il a grandi au sein d’une famille rurale. C’est là que s’enracinent ses premiers liens avec la langue alsacienne, devenue aujourd’hui le cœur d’une œuvre singulière, à la croisée des héritages locaux et d’une expression musicale résolument contemporaine.

Edwàr - Stumbe

Un jazz poétique en alsacien

Engagé depuis plusieurs années dans une recherche artistique originale, Edwàr développe ce qu’il qualifie lui-même de « jazz poétique en alsacien ». Une expression musicale épurée, souvent en guitare-voix, enrichie de textures sonores actuelles, où la langue régionale occupe une place centrale. Loin de tout régionalisme figé ou nostalgique, son travail propose une exploration vivante : le dialecte alémanique devient matière à rythme, à mélodie et à improvisation.

Chez Edwàr, l’alsacien n’est pas un simple vecteur identitaire. Il devient un outil d’expression sensible, capable de dialoguer avec des esthétiques contemporaines, entre jazz, chanson et touches électroniques discrètes.

Du chant traditionnel au langage d’aujourd’hui

L’artiste revisite ponctuellement le répertoire rhénan. C’est le cas de Stumbe, comptine traditionnelle dont il a récemment proposé une nouvelle version. Il en conserve les premières lignes, puis en réécrit la suite, transformant ce « petit morceau » en allégorie poétique de la survie et du renouvellement de la langue. Sorti en janvier 2026, ce titre illustre parfaitement sa manière de faire dialoguer passé et présent, héritage et création.

Une présence scénique hors des cadres établis

Sur scène, Edwàr se produit en solo ou partage l’affiche avec d’autres projets. En avril 2025, il était notamment à l’Espace Django à Strasbourg aux côtés des Bredelers, figure du rock en alsacien, dans un spectacle mêlant styles et univers.

Son parcours scénique l’amène aussi à investir des lieux et des contextes variés. En août 2025, il joue pour les résidents d’un Ehpad dans le cadre du festival Au Grès du Jazz, affirmant une volonté de rendre sa musique accessible et décentralisée. Début janvier 2026, il se produit à la Maison de l’Amérique latine à Strasbourg pour présenter son univers et son single Stumbe, lors d’un concert guitare-voix intime.

Edwàr : Une démarche ouverte au-delà de l’Alsace

Si la scène alsacienne constitue le socle de son travail, Edwàr ne limite pas son horizon à une seule région. Il collabore notamment avec la musicienne Lúcia de Carvalho, artiste aux racines brésiliennes et angolaises. Une rencontre artistique et humaine qui témoigne de sa capacité à créer des passerelles entre les cultures, tout en restant fidèle à une identité musicale forte. Leur concert prévu à La Choucrouterie en avril 2026 prolonge cette ouverture sans dilution de sens.

Reportage en alsacien concernant Stùmbe d’Edwàr dans Rund Um :

Discographie d’Edwàr

Singles

2026 – Stumbe

Pour suivre Edwàr et découvrir ses créations :

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Yoorim Won façonne une mémoire sonore avec IKLIM : Memory and Curve

Installée à Paris depuis plus de dix ans, la compositrice et multi-instrumentiste coréenne Yoorim Won signe avec IKLIM : Memory and Curve un premier album d’une rare profondeur. Sorti le 14 novembre 2025, ce disque inaugure une série musicale ambitieuse dans laquelle l’artiste explore l’histoire, la culture et la mémoire de différents pays à travers un langage sonore singulier, à la croisée du jazz contemporain et des musiques traditionnelles coréennes.

Yoorim Won

Yoorim Won : une musique qui attire l’oreille

Le mot IKLIM est un jeu linguistique coréen que Yoorim Won traduit par « la musique qui attire l’oreille ». Une définition qui prend tout son sens dès les premières notes de l’album. Grâce à une flûte traversière spécialement modifiée, dotée d’une embouchure coulissante, l’artiste parvient à faire glisser les notes, à imiter d’autres instruments du monde et à produire des sonorités inédites. Ce dispositif lui permet de dialoguer naturellement avec le taepyeongso, hautbois traditionnel coréen au timbre rugueux et expressif, au cœur de nombreuses compositions.

Entre traditions coréennes et jazz d’aujourd’hui

IKLIM : Memory and Curve se compose de onze pièces où se rencontrent jazz, improvisation et héritage musical coréen. Certaines compositions revisitent des chants emblématiques, comme Arirang, véritable fil conducteur de l’album, tandis que d’autres plongent dans une mémoire plus intime. L’écriture de Yoorim Won joue constamment sur les contrastes : passages méditatifs, tensions rythmiques, envolées collectives et moments de chaos maîtrisé.

Yoorim Won

La suite 500 Years Arirang illustre parfaitement cette démarche. Découpée en quatre mouvements, elle retrace symboliquement l’histoire du peuple coréen, entre paix originelle, colonisation, division et résistance. Plus loin, Habuji (Song For My Grandpa) rend hommage à son grand-père disparu, mêlant prière rituelle, pulsation cardiaque et émotion à fleur de peau. D’autres pièces, comme Taepyeong Trane, rendent hommage à John Coltrane en transposant son esprit au taepyeongso, dans un dialogue inattendu entre traditions coréennes et jazz spirituel.

Un quartet au service d’un projet fort

Pour donner vie à cet univers, Yoorim Won s’est entourée de musiciens issus de la scène jazz émergente parisienne, tous formés au Centre des Musiques Didier Lockwood. Le quartet développe une interaction fluide, alternant écriture précise et espaces d’improvisation, avec une attention constante portée aux nuances et aux textures. Depuis septembre 2025, la pianiste Julia Perminova a rejoint le projet, renforçant encore la richesse expressive du groupe.

À la fois politique, intime et profondément sensoriel, IKLIM : Memory and Curve s’impose comme une œuvre singulière, exigeante et accessible, qui fait dialoguer les époques et les cultures sans jamais perdre son intensité émotionnelle.

Membres

Yoorim Won : Flûte traversière, hautbois coréen (taepyeongso), chant, compositions, arrangements
Nina Gat : Piano (sur l’album)
Julia Perminova : Piano
Matis Regnault : Contrebasse
Léo Tochon : Batterie

Discographie de Yoorim Won

Albums studio

2025 – IKLIM : Memory and Curve

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