Collapse Under The Empire : le post-rock comme voyage intérieur

Collapse Under The Empire est un duo allemand de post-rock instrumental formé à Hambourg à la fin des années 2000. Depuis leurs débuts, Chris Burda et Martin Grimm développent une musique cinématographique, mélancolique et ambitieuse, où guitares, batteries, synthétiseurs et nappes électroniques construisent de véritables paysages sonores. Une musique sans paroles, mais certainement pas sans histoires.

Collapse Under The Empire

Collapse Under The Empire, une histoire née à Hambourg

L’histoire de Collapse Under The Empire commence à Hambourg durant l’été 2008. Chris Burda et Martin Grimm, tous deux arrivés dans la ville pour des raisons professionnelles et ayant laissé derrière eux leurs précédents groupes, cherchent alors une nouvelle manière de travailler. Leur rencontre va rapidement déboucher sur une évidence : plutôt que de reproduire le fonctionnement traditionnel d’un groupe à plusieurs musiciens, ils souhaitent disposer d’un espace de création plus libre.

Le duo développe ainsi une vision commune qui donnera naissance à Collapse Under The Empire. Dès les premières compositions, les deux musiciens cherchent à déconstruire certains fondamentaux du post-rock pour les reconstruire à leur manière. Le résultat va rapidement dépasser le simple cadre du genre.

Le premier EP, Paintball, paraît en 2008, avant que le groupe ne publie Systembreakdown en 2009. Dès ce premier album, les bases sont posées : des guitares capables de passer de la retenue à l’explosion, des rythmiques puissantes, des claviers et des éléments électroniques qui donnent à l’ensemble une dimension presque cinématographique.

Collapse Under The Empire, un post-rock sans frontières

Si Collapse Under The Empire appartient clairement à la grande famille du post-rock instrumental, le duo n’a jamais souhaité s’y enfermer. Trip-hop, shoegaze, synthpop, rock progressif, ambient, musique électronique et musique de film nourrissent leur univers.

Cette ouverture explique en grande partie la personnalité du groupe. Les morceaux ne reposent pas uniquement sur le traditionnel principe de montée en puissance propre au post-rock. Les compositions travaillent également les textures, les contrastes et les atmosphères, alternant passages minimalistes, nappes électroniques, batteries martiales, basses profondes et murs de guitares.

Le groupe revendique d’ailleurs une conception très visuelle de sa musique. Chaque morceau peut devenir le support d’un récit imaginaire, comme une bande originale dont les images seraient laissées à l’imagination de celui qui écoute. L’absence de chant permet justement à chacun de construire sa propre interprétation.

C’est particulièrement perceptible dans des albums comme Find A Place To Be Safe, Fragments of a Prayer ou The Fallen Ones, où les compositions semblent constamment chercher à provoquer une émotion ou à installer un décor mental.

Collapse Under The Empire, entre mélancolie et puissance

Il serait pourtant réducteur de résumer Collapse Under The Empire à une musique sombre. Le duo joue précisément sur la tension entre inquiétude et espoir, destruction et renaissance, solitude et ouverture.

Les guitares peuvent prendre une dimension massive tandis que les synthétiseurs installent des espaces presque irréels. Les batteries apportent une dimension organique et parfois très physique à des compositions qui pourraient autrement basculer entièrement dans l’électronique.

Cette dualité devient particulièrement importante dans Shoulders & Giants et Sacrifice & Isolation, deux albums qui constituent les volets d’un même concept. Le premier aborde notamment l’existence humaine, la liberté, l’isolement et la mort, tandis que le second pousse davantage l’expérimentation électronique et les atmosphères apocalyptiques.

Avec Fragments of a Prayer, le groupe poursuit cette recherche en intégrant encore davantage d’éléments orchestraux, de piano et de textures électroniques. Une évolution qui confirme que le post-rock de Chris Burda et Martin Grimm fonctionne davantage comme une matière première que comme une frontière.

Collapse Under The Empire, des paysages sonores en mouvement

Au fil des années, le duo n’a cessé de faire évoluer sa palette. The Fallen Ones, paru en 2017, plonge l’auditeur dans un univers dystopique où l’inquiétude et l’espoir cohabitent encore. Deux ans plus tard, The End of Something revient sur une décennie de création à travers une imposante rétrospective réunissant raretés, faces B, bonus et nouveaux morceaux.

Puis vient Everything We Will Leave Beyond Us en 2020. Le contexte mondial de l’époque trouve naturellement un écho dans les préoccupations du groupe : crise environnementale, pandémie, guerres, exploitation, pauvreté ou encore dérèglement de nos sociétés alimentent un album beaucoup plus sombre.

Mais Collapse Under The Empire n’est jamais totalement désespéré. Même lorsque les guitares évoquent l’effondrement, quelque chose semble toujours chercher une issue.

Collapse Under The Empire et Recurring, le cycle recommence

Publié en septembre 2023, Recurring poursuit cette réflexion avec une dimension presque orchestrale. Le disque s’intéresse au caractère cyclique de l’existence et à cette idée selon laquelle destruction, mort, purification, paix et renaissance peuvent se succéder.

Musicalement, le duo y pousse encore davantage son goût pour les grandes architectures sonores. Les nappes éthérées côtoient les guitares caractéristiques du groupe, tandis que les arrangements donnent à l’ensemble une ampleur particulièrement cinématographique.

Les singles Revelation et Forgiveness annonçaient cette nouvelle étape. Le premier condense plusieurs facettes du groupe, entre post-rock, électronique, ambient, shoegaze et résonances orchestrales. Le second remet davantage la batterie au premier plan avec une dynamique presque martiale.

Avec Recurring, Collapse Under The Empire confirme surtout que son évolution ne passe pas par l’abandon de ses fondamentaux, mais par leur élargissement.

Collapse Under The Empire, plus de quinze ans de création instrumentale

La discographie du duo témoigne d’une remarquable régularité. En 2024, le groupe a notamment publié Non-Album Singles & Bonus Tracks, une compilation de quinze titres couvrant la période 2010-2022 et comprenant également quatre morceaux jusque-là inédits.

La même année, le coffret vinyle WORKS a réuni l’intégralité de leur discographie sur douze LP, soit 114 morceaux et bonus. Une manière plutôt spectaculaire de mesurer le chemin parcouru depuis Paintball.

Car Collapse Under The Empire a toujours privilégié la création à la recherche d’une formule définitive. Leur musique peut être électronique, atmosphérique, abrasive, contemplative ou monumentale, parfois au sein d’un même morceau. C’est sans doute ce refus de choisir qui permet au duo de conserver une identité aussi reconnaissable.

Une musique qui laisse de la place à l’imagination

Dans un univers musical où les mots sont souvent indispensables pour raconter une histoire, Collapse Under The Empire fait exactement le pari inverse. Ici, ce sont les instruments qui parlent.

Les guitares suggèrent des horizons, les synthétiseurs installent des paysages, les rythmiques font avancer le récit et les silences laissent respirer l’ensemble. Une démarche qui rapproche parfois le groupe de la musique de film, mais sans jamais donner l’impression d’écouter une bande originale en attente de son film.

C’est probablement là que réside la force du duo : chacun peut projeter ses propres images sur ces compositions. Une ville futuriste, un paysage désertique, une catastrophe, une fuite ou simplement un long voyage intérieur. À chacun son scénario.

Après plus de quinze ans d’existence et une discographie particulièrement riche, Collapse Under The Empire demeure ainsi l’une de ces formations qui démontrent que le post-rock instrumental peut raconter énormément de choses sans prononcer un seul mot.

Membres

Chris Burda : claviers, batterie, électronique
Martin Grimm : guitare, basse, batterie

Discographie

Albums studio
2009 – Systembreakdown
2010 – Find A Place To Be Safe
2010 – The Sirens Sound
2011 – Shoulders & Giants
2012 – Fragments of a Prayer
2014 – Sacrifice & Isolation
2017 – The Fallen Ones
2020 – Everything We Will Leave Beyond Us
2023 – Recurring

EPs
2008 – Paintball
2011 – Black Moon Empire
2013 – The Silent Cry
2015 – The Remixes by Cato
2021 – Section IV-VI

Compilations
2019 – The End of Something
2024 – Non-Album Singles & Bonus Tracks

Coffrets
2024 – WORKS – 12x LP Box Set

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Chute Libre, le jazz-rock français en apesanteur dans les années 70

Chute Libre est l’un de ces groupes français des années 1970 dont le nom revient régulièrement lorsqu’il est question de jazz-rock, de fusion et de cette formidable effervescence musicale qui traversait alors l’Hexagone. Né à Boulogne-Billancourt en 1975 autour du bassiste Gilles Douïeb, le groupe ne connaîtra qu’une existence de quatre années, mais laissera derrière lui deux albums et le souvenir de nombreux concerts, dont un passage remarqué à l’Olympia en 1978. Une courte aventure, mais une belle trace dans l’histoire du jazz-rock français.

Chute Libre Ali Baba

À noter d’emblée pour éviter toute confusion : ce Chute Libre n’a rien à voir avec le groupe punk rock originaire de Nevers, toujours actif sous le même nom. Deux formations, deux époques, deux univers musicaux radicalement différents.

Chute Libre, quatre copains de Boulogne-Billancourt

L’histoire commence en 1975 lorsque Gilles Douïeb réunit autour de lui trois musiciens issus de la région parisienne : Olivier Hutman aux claviers, Umberto Pagnini à la batterie et Mino Cinelu au chant et aux percussions. Leur ambition s’inscrit pleinement dans l’air du temps : mélanger les langages plutôt que choisir entre rock, jazz, funk et musiques du monde.

Le jeune Olivier Hutman apporte notamment une solide formation classique et une passion pour le jazz, tandis que Mino Cinelu contribue déjà à ouvrir la musique du groupe vers les rythmes afro-funk et les influences antillaises. Cette diversité des parcours constitue rapidement l’une des caractéristiques de Chute Libre.

Le groupe va progressivement étoffer son dispositif avec l’arrivée de nouveaux musiciens et d’une section de cuivres. La formation associée aux enregistrements comprend notamment le flûtiste et saxophoniste Denis Barbier ainsi que le guitariste Patrice Cinelu, frère de Mino. Les archives de la BnF confirment cette évolution à travers les crédits des deux albums.

Chute Libre, un jazz-rock nourri de funk et de liberté

Difficile de réduire Chute Libre à une simple étiquette de jazz-rock. Le groupe appartient bien à cette scène française de fusion qui cherche à faire dialoguer jazz, rock et funk, mais sa musique se distingue par une vraie volonté d’expérimentation.

Le premier album, Chute Libre, paraît en 1977 chez EMI après des séances enregistrées aux studios Pathé Marconi. Le disque rassemble huit compositions et révèle un groupe particulièrement aventureux. Le groove funky côtoie des passages plus libres, les claviers dialoguent avec les cuivres et la flûte, tandis que les percussions de Mino Cinelu apportent une dimension rythmique et colorée.

Des titres comme Sainte Bernadette, Jerba Tao, Flauçerto ou Spasmolune témoignent de cette approche hybride. Les influences vont de Miles Davis et John Coltrane au funk et aux musiques africaines et antillaises. L’ensemble possède cette liberté typique d’une époque où les frontières entre les genres étaient encore particulièrement poreuses.

Le disque est aujourd’hui recherché par les amateurs de jazz-rock et de fusion hexagonale, notamment parce que cet album éponyme n’a longtemps pas bénéficié d’une large réédition. Une destinée assez classique pour ces productions françaises des seventies devenues, avec le temps, de véritables objets de curiosité pour les collectionneurs.

Chute Libre, deux albums et des centaines de concerts

En 1978, Chute Libre poursuit l’aventure avec Ali Baba, toujours publié par EMI. La formation poursuit son exploration d’un jazz-rock volontiers funky, enrichi par les cuivres et les multiples influences de ses membres. Les crédits de l’album témoignent d’une formation particulièrement étoffée, avec notamment Denis Barbier, Éric Letourneux et une section de cuivres.

Sur scène, le groupe ne reste pas cantonné au circuit confidentiel du jazz. Chute Libre multiplie les concerts et aurait donné plusieurs centaines de prestations durant sa courte existence. Parmi les dates marquantes figure un passage à l’Olympia en 1978, symbole d’une reconnaissance qui dépassait largement le cercle des initiés.

Cette activité scénique est essentielle pour comprendre le parcours du groupe. Chute Libre n’était pas simplement un projet de studio destiné aux amateurs de fusion : c’était une véritable formation de scène, capable de défendre une musique complexe devant un public plus large.

Une pépinière de musiciens remarquables

L’un des aspects les plus fascinants de l’histoire de Chute Libre réside finalement dans ce qui s’est passé après la séparation du groupe en 1979.

Olivier Hutman deviendra un pianiste, compositeur et arrangeur particulièrement actif dans le jazz français et international. Son parcours passera notamment par le quartet de Christian Escoudé, de nombreuses collaborations avec des figures du jazz et un important travail de compositeur pour le cinéma.

Umberto Pagnini poursuivra également sa carrière dans le jazz, avec notamment des collaborations avec le Big Band de Claude Bolling et Martial Solal avant de développer ses propres formations. Gilles Douïeb travaillera quant à lui avec des artistes comme Bill Deraime et Bernard Lavilliers, avant de participer à différentes aventures musicales dont Captain Mercier.

Et puis il y a Mino Cinelu. Le percussionniste connaîtra une carrière internationale exceptionnelle, travaillant notamment avec Miles Davis et Weather Report, mais aussi avec Peter Gabriel, Sting, Stevie Wonder, Marcus Miller, Elton John ou encore Michel Portal. Son passage par Chute Libre apparaît ainsi comme l’un des premiers chapitres d’un parcours qui allait largement dépasser les frontières du jazz français.

Denis Barbier poursuivra pour sa part son chemin dans la composition, notamment pour le cinéma et la télévision, avant de s’orienter également vers la musique classique.

Quatre années pour une empreinte durable

Chute Libre se sépare en 1979. Quatre ans seulement après sa création, l’histoire s’achève donc alors que ses membres sont encore au début de leurs parcours respectifs. Pourtant, avec deux albums, des centaines de concerts et une succession de musiciens appelés à jouer un rôle important dans le jazz et la musique française, le groupe aura largement contribué à cette effervescence musicale des années 1970.

Il faut surtout réécouter Chute Libre sans chercher à lui appliquer les catégories d’aujourd’hui. Jazz-rock, funk, free, rock progressif, musiques afro-antillaises : le groupe navigue entre ces territoires avec une liberté qui explique en partie pourquoi ses deux albums continuent d’intéresser les amateurs de fusion française.

Et si le nom Chute Libre peut aujourd’hui prêter à confusion, les amateurs de jazz-rock savent désormais où poser leurs oreilles : ici, pas de punk neversois, mais une aventure née à Boulogne-Billancourt en 1975, portée par une bande de musiciens qui allait, chacun à sa manière, tutoyer les sommets.

Membres de Chute Libre

Gilles Douïeb : basse
Olivier Hutman : claviers
Umberto Pagnini : batterie
Mino Cinelu : chant, percussions
Denis Barbier : flûte, saxophones
Patrice Cinelu : guitare

Discographie de Chute Libre

Albums studio
1977 – Chute Libre
1978 – Ali Baba