Backstage, creuset blues de Paul Personne

Avant de devenir l’une des figures majeures du blues hexagonal, Paul Personne a fait ses armes dans plusieurs formations. Parmi elles, Backstage occupe une place charnière. Ce groupe français de la fin des années 70 marque une étape décisive dans l’affirmation artistique de René-Paul Roux, alors en pleine mutation musicale après l’aventure du Bracos Band.

Une formation née des cendres du Bracos Band

Backstage voit le jour autour de René-Paul Roux, accompagné de Jean-Lou Pecetto à la basse, Daniel Antoin aux claviers et Jean-Michel François à la batterie. Le projet s’inscrit dans une volonté claire : proposer un blues rock authentique, ancré dans la tradition anglo-saxonne, mais porté par une énergie typiquement française.

Très vite, le groupe attire l’attention de Jacques Wolfson, célèbre découvreur de talents. Grâce à lui, Backstage signe chez Vogue et entre en studio en 1979. Enregistré aux studios Sidney Bechet à Villetaneuse, leur premier album bénéficie du renfort de musiciens aguerris comme Benoît Blue Boy ainsi que des frères Guillard aux cuivres.

Backstage

Backstage : Un blues rock chanté en anglais

Le premier album de Backstage frappe par sa maîtrise. Entièrement chanté en anglais, il s’inscrit dans la tradition du blues électrique américain. Le groupe revisite des classiques signés Willie Dixon, Elmore James ou encore Freddie King, tout en proposant des compositions originales portées par l’inspiration déjà débordante de René-Paul Roux.

Slide guitare, boogie nerveux et solos expressifs dominent l’ensemble. L’album révèle un groupe solide, capable de rivaliser techniquement avec ses homologues internationaux. Seul bémol pour certains : l’usage exclusif de l’anglais, qui prive peut-être ces morceaux d’une identité plus personnelle.

Backstage

Une confirmation sans révolution

En 1980, Backstage remet le couvert avec un second album. La formation reste globalement identique, avec Benoît Blue Boy désormais pleinement impliqué, notamment à l’harmonica et à la production.

Ce deuxième opus ne bouleverse pas la formule, mais l’affine. Le blues reste omniprésent, enrichi de touches de soul et de boogie. Les compositions s’enchaînent avec efficacité, mettant en valeur le jeu de guitare déjà remarquable de René-Paul Roux.

Si l’ensemble manque peut-être d’audace, il confirme néanmoins le talent des musiciens et leur capacité à produire un blues sincère, direct et sans artifices.

Backstage 2

Une étape clé vers Paul Personne

Backstage n’aura existé que le temps de deux albums, mais son importance est indéniable. C’est au sein de cette formation que René-Paul Roux consolide son identité musicale, entre tradition blues et expression personnelle.

Quelques années plus tard, sous le nom de Paul Personne, il s’imposera comme un artiste incontournable, trouvant enfin sa voix… en français. Son succès des années 90, notamment avec Comme à la maison, doit beaucoup à cette période d’apprentissage intense.

Backstage apparaît ainsi comme un laboratoire : un lieu d’expérimentation où s’est forgé le style unique d’un futur grand du blues.

Membres de Backstage

René-Paul Roux : Chant, guitares, percussions
Jean-Lou Pecetto : Basse
Daniel Antoin : Claviers
Jean-Michel François : Batterie

Discographie de Backstage

1979 – Backstage
1980 – Backstage 2

Atsuko Chiba, alchimistes du rock expérimental

Dans le bouillonnement créatif de Montréal, Atsuko Chiba s’impose comme une entité à part. Le quintette canadien développe depuis ses débuts une esthétique singulière, qualifiée de « rock angulaire et puissant », où les structures éclatées rencontrent une forme d’hypnose sonore. À la croisée du post-rock, du rock progressif et du krautrock, le groupe brouille volontairement les pistes, préférant les détours audacieux aux chemins balisés.

Cette identité musicale repose sur une écriture décalée mais maîtrisée, capable de transformer chaque morceau en paysage mouvant. Chez Atsuko Chiba, les textures s’entrelacent, les rythmes se dérobent, et les ambiances évoluent avec une fluidité presque organique.

Atsuko Chiba photo Anthony Piazza
crédit photo Anthony Piazza

Atsuko Chiba : Une discographie en constante mutation

Depuis sa formation, Atsuko Chiba a construit un parcours cohérent mais jamais figé. Le groupe a publié trois albums remarqués — Jinn, Trace et Water, It Feels Like It’s Growing — ainsi que deux EPs, Figure and Ground et The Memory Empire. À chaque sortie, les Montréalais enrichissent leur palette sonore, intégrant de nouvelles influences sans jamais perdre leur fil conducteur.

L’année 2025 marque un tournant avec les titres « Pope’s Cocaine » et « Climax Therapy », deux morceaux incisifs qui annoncent une évolution vers des territoires encore plus hybrides.

Atsuko Chiba : Un nouvel album introspectif et audacieux

Le 24 avril 2026, Atsuko Chiba a dévoilé un quatrième album éponyme, publié via Mothland. Ce disque marque une étape importante dans leur trajectoire : plus introspectif, plus nuancé, mais tout aussi ambitieux. En à peine 32 minutes, le groupe propose six compositions qui explorent des territoires allant du trip-hop à la chamber pop, en passant par des nappes ambient délicates.

Atsuko Chiba

Loin des guitares saturées de leurs débuts, les musiciens privilégient ici la retenue, les dynamiques et les espaces. Les percussions se font plus subtiles, les synthétiseurs prennent de l’ampleur, et la voix devient un véritable vecteur émotionnel. Cette évolution confère à l’album une dimension presque intime, comme une plongée dans une réflexion collective.

“Pretense” et “Future Ways” : un diptyque bouleversant

Parmi les moments forts du disque, le diptyque « Pretense » / « Future Ways » se distingue par sa puissance narrative. Pensés à l’origine comme une seule pièce, ces deux titres explorent le deuil, la mémoire et la résilience.

« Pretense » s’impose comme une méditation poignante sur la perte, portée par des arrangements aériens et une mélancolie palpable. En écho, « Future Ways » propose une forme de reconstruction, avançant avec une énergie contenue mais déterminée. Le contraste entre les deux morceaux illustre parfaitement la capacité du groupe à transformer l’intime en matière sonore universelle.

Une création collective et instinctive

Pour concevoir cet album, Atsuko Chiba a adopté une approche libre et instinctive. Les sessions d’enregistrement, basées sur l’improvisation et l’expérimentation, ont permis de faire émerger des idées sans contrainte. Chaque membre du groupe a participé activement à la production, renforçant l’aspect collectif du projet.

Ce processus a également conduit à des choix artistiques forts : limitation volontaire des instruments, exploration de nouvelles textures, superposition de sources sonores pour créer des percussions inédites. Résultat : un album riche, nuancé, qui privilégie la subtilité à la démonstration.

Une œuvre entre ombre et lumière

Atsuko Chiba livre ici son travail le plus vulnérable. L’album oscille entre mélancolie et espoir, entre perte et renaissance. Cette tension permanente donne naissance à une œuvre profondément humaine, où chaque note semble porter une intention.

En repoussant ses propres limites, le groupe confirme sa place à part dans le paysage du rock expérimental contemporain. Une musique exigeante, certes, mais capable de toucher au plus profond.

Membres d’Atsuko Chiba

Anthony Piazza : Batterie, percussions, batterie électronique
David Palumbo : Basse, basse VI, chant
Eric Schafhauser : Guitare, synthétiseurs
Karim Lakhdar : Chant, guitare, synthétiseurs
Kevin McDonald : Synthétiseurs, guitare

Discographie d’Atsuko Chiba

Albums studio
2013 – Jinn
2019 – Trace
2022 – Water, It Feels Like It’s Growing
2026 – Atsuko Chiba

EP’s
2016 – Figure and Ground
2018 – The Memory Empire

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