Avec “Remember These Days”, le producteur Vaast livre l’aboutissement d’un long parcours d’écriture qui s’étend sur plusieurs années. Le point de départ remonte à ses années d’études. À l’époque, Vaast s’inspire d’une démo de “Stay Pretty” d’Ester Dean pour esquisser une première idée au piano, réalisée avec Holly Turton. Le morceau s’appelle alors Do You Know. Une version encore brute, plus fragile dans son écriture, que l’artiste considère lui-même comme insuffisante pour une sortie officielle. Plutôt que de forcer son évolution, il met le titre de côté.
Ce n’est que plusieurs années plus tard que le projet reprend vie, mais dans un tout autre environnement sonore. Vaast réécrit entièrement les paroles sur une production influencée par la Swedish House Mafia et The Weeknd, avec en toile de fond l’esthétique grand format associée à la bande originale de Avatar: La Voie de l’eau. Ce changement de direction ne sert pas seulement de relooking sonore : il redéfinit la manière dont le texte respire, s’étire et s’impose.
Cette superposition de mondes devient l’un des axes du morceau. D’un côté, un texte construit comme un message adressé à une génération plus jeune. De l’autre, une production lumineuse, presque euphorique dans sa construction. Ce décalage crée une tension permanente entre ce qui est dit et ce qui est ressenti.
Les paroles s’inscrivent dans une logique de transmission. Le narrateur n’est pas dans la nostalgie, mais dans une forme de responsabilité, comme s’il tentait de donner une lecture utilisable de son propre passé.
Dans la dernière étape de création, la collaboration avec la chanteuse Ivy Marie apporte une dimension plus incarnée au morceau, tandis que le mix de Nicolas Essig vient stabiliser l’ensemble sans lisser son relief. Vaast insiste sur ce moment comme un point de bascule, où la chanson cesse d’être un projet personnel pour devenir une pièce pleinement réalisée.
“Remember These Days” se construit ainsi comme un objet hybride : une chanson écrite sur le temps long, où chaque version abandonnée laisse une trace invisible dans la suivante. Ce n’est pas une simple évolution, mais une accumulation, presque une mémoire interne du morceau lui-même.
Depuis 2006, Monty Picon avance à contre-courant des formats classiques du rock français. Né à Rennes de l’imagination de neuf musiciens décidés à jouer « n’importe où, n’importe quand, mais pas n’importe comment », le collectif s’est forgé au fil des années une réputation scénique redoutable, portée par une énergie volcanique et un goût assumé pour le mélange des genres.
Pour célébrer deux décennies d’existence, le groupe a dévoilé un cinquième album éponyme particulièrement ambitieux. Disponible depuis le 22 mai 2026 en vinyle, sur les plateformes de streaming et dans un médiabook collector de 32 pages contenant une bande dessinée exclusive, ce nouvel opus confirme plus que jamais la singularité d’une formation qui refuse les compromis.
Crédit photo : Céline Salin
Quinze morceaux pour explorer toutes les facettes du groupe
Avec Monty Picon, les bretons proposent un disque dense et foisonnant de quinze titres où chaque morceau semble ouvrir une nouvelle porte. Tantôt instrumental, tantôt frontal, parfois groovy, parfois rageur, l’album reflète parfaitement l’ADN imprévisible du collectif.
Des morceaux comme “Fracasse ta caste” rappellent la puissance fusionnelle de Rage Against the Machine, tandis que “Bouche Trou” développe une énergie scandée proche de Svinkels. Plus loin, “Tommy Vasek” apporte une dimension festive et décalée évoquant l’esprit de Soviet Suprem, alors que “Whispers” et “L’ombre du soleil” dévoilent un visage plus groovy et atmosphérique.
Cette diversité stylistique pourrait facilement perdre d’autres groupes. Chez Monty Picon, elle devient au contraire une véritable force narrative. Le disque avance comme un road movie musical imprévisible où le rock, le punk, la fusion, le brass band et l’esprit cabaret se croisent en permanence.
Une machine de scène transformée en album vivant
Depuis ses débuts, le groupe cultive une identité sonore immédiatement reconnaissable : double batterie, basse, guitares, banjo westernisé et puissante section de cuivres donnent naissance à une musique massive et cinématographique.
Ce nouvel album conserve cette dimension organique grâce au travail d’Arthur Paichereau, qui parvient à restituer l’intensité brute du live. Les morceaux respirent, les cuivres explosent avec panache et les trois voix se répondent avec une spontanéité contagieuse.
Le résultat possède cette chaleur rare des albums enregistrés par de vrais musiciens jouant ensemble, loin des productions trop aseptisées. Une approche parfaitement cohérente avec l’histoire du groupe, forgée sur plus de 1000 concerts donnés aussi bien en festival que dans la rue ou les cafés-concerts.
Monty Picon : Une aventure collective nourrie de collaborations
Quelques invités viennent enrichir ce cinquième opus. Jen Rival pose sa voix sur “Whispers”, Nicolas Méheust participe aux claviers sur “Legacy”, tandis que Cody Jahrett intervient sur la production FX de ce morceau.
La section cuivre se montre particulièrement impressionnante grâce aux participations de Guillaume Bougeard, Romain Cadiou, Gaël Augustin, François Tavard, Edouard Lhermitte et Fabien Cariou sur plusieurs titres. Ces interventions renforcent encore la dimension spectaculaire du disque.
Le groupe ajoute également des interludes acoustiques enregistrés lors de soirées festives, donnant parfois l’impression d’assister directement aux coulisses de cette grande famille musicale.
Monty Picon : Une passion assumée pour la bande dessinée et l’humour
L’univers de Monty Picon ne se limite pas à la musique. Depuis toujours, le collectif cultive un imaginaire déjanté nourri d’humour, de second degré et d’esthétique punk.
Cette nouvelle sortie pousse encore plus loin cette dimension visuelle grâce à un médiabook contenant une bande dessinée originale réalisée avec Willy Lermenier, collaborateur de Fluide Glacial. L’histoire met en scène les neuf musiciens emprisonnés avant un concert, avant d’être sauvés par leur mascotte Michaël Skeul accompagné d’un mystérieux prêtre vaudou.
Une idée totalement barrée qui correspond parfaitement à l’esprit du groupe.
Vingt ans de route et toujours le diable au corps
Au fil des années, Monty Picon s’est construit une solide réputation grâce à des tournées incessantes en France, en Belgique, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Des festivals comme Art Rock, Cabaret Vert, Bars en Trans ou encore le Festival Interceltique de Lorient ont accueilli cette formation hors norme capable de transformer chaque concert en véritable spectacle.
Souvent comparé à Mano Negra pour son énergie contagieuse et son esprit libertaire, le collectif rennais continue pourtant de tracer une route profondément personnelle.
Cette tournée anniversaire prévue dès mai 2026 en France et en Allemagne promet d’ailleurs de rappeler à quel point le groupe demeure une bête de scène totalement imprévisible.
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