Bacchus : le rock progressif québécois refait surface

Bacchus est un groupe québécois de rock progressif francophone fondé à Montréal en 1992 par le guitariste Michel Héroux.

Bacchus, une aventure progressive made in Montréal

BacchusIl y a des groupes qui disparaissent, mais dont la musique refuse obstinément de tomber dans l’oubli. Bacchus appartient à cette catégorie. Formé à Montréal en 1992 autour du guitariste Michel Héroux, le groupe québécois a défendu une approche francophone du rock progressif et du métal à une époque où les formations de ce genre étaient loin de courir les rues.

Le projet puise notamment dans l’héritage de Yes, Rush et King Crimson, tout en intégrant des influences issues du rock québécois, notamment Offenbach et Harmonium. À cette solide culture progressive s’ajoutent des incursions dans le métal et des improvisations nourries par le jazz-fusion. Un mélange ambitieux qui permet à Bacchus de développer une identité bien à lui.

La formation réunissait Sylvain Poirier au chant, Michel Héroux aux guitares, Pierre Roberge à la basse et Bruno Roy à la batterie et aux chœurs. Une configuration classique sur le papier, mais particulièrement efficace pour faire respirer les longues constructions instrumentales et les envolées de guitare.

Une musique ambitieuse et sans frontières

Le parcours de Michel Héroux explique en partie cette volonté de ne pas choisir entre les genres. Formé initialement à la guitare classique, récompensé lors de concours musicaux alors qu’il était encore étudiant, il découvre ensuite le jazz et poursuit son apprentissage à l’Université Concordia. Sa maîtrise instrumentale et son goût pour l’improvisation vont rapidement devenir des éléments essentiels de son langage musical. Son parcours ultérieur dans le jazz, le rock et la musique de studio a d’ailleurs confirmé cette remarquable polyvalence.

Avec Bacchus, cette ouverture prend une forme particulièrement intéressante : les riffs peuvent côtoyer des passages plus mélodiques, les structures progressives laissent place à l’improvisation et les guitares s’aventurent volontiers hors des sentiers balisés.

Bacchus

En 1994, Bacchus publie son premier album éponyme sur une étiquette indépendante. Un deuxième opus est ensuite mis en chantier, mais le projet ne verra finalement jamais le jour. L’aventure prend fin en 1998, laissant derrière elle un disque et le souvenir d’une formation qui avait choisi de défendre une musique exigeante dans un environnement québécois alors largement dominé par d’autres sonorités.

Cette singularité n’est d’ailleurs pas passée totalement inaperçue. En 1995, Stéphane Desjardins soulignait le caractère travaillé du mélange rock, pop, métal et jazz du groupe. Un an plus tard, Mike Varney, figure incontournable de Guitar Player, mettait lui aussi en avant les qualités de Michel Héroux et sa capacité à dépasser les clichés dans ses solos.

Bacchus sort des archives numériques

Près de trois décennies après la fin du groupe, Bacchus revient aujourd’hui dans le paysage numérique. À la demande générale, Michel Héroux a récemment créé des pages officielles consacrées au groupe sur YouTube et Facebook.

Une initiative qui mérite largement d’être saluée. Elle offre notamment l’occasion aux amateurs de rock progressif québécois de redécouvrir une formation qui avait tenté, au début des années 1990, de faire dialoguer le progressif, le métal et le jazz-fusion en français.

Et pour celles et ceux qui ont découvert Michel Héroux grâce à son parcours solo, cette plongée dans Bacchus permet aussi de retrouver une facette plus ancienne de son univers. Son parcours personnel, déjà évoqué sur Mazik, témoigne d’une fidélité constante à la recherche, à l’expérimentation et au plaisir de faire dialoguer les genres.

Bacchus n’est donc pas seulement une archive musicale ressortie des cartons. C’est un morceau de l’histoire du rock progressif québécois qui retrouve aujourd’hui une vitrine et, surtout, de nouvelles oreilles auxquelles parler.

Membres de Bacchus

Sylvain Poirier : voix
Michel Héroux : guitares
Pierre Roberge : basse
Bruno Roy : batterie & choeurs

Discographie

Album studio
1994 – Bacchus

Second opus, projet amorcé mais jamais publié

NB : Ne pas confondre Bacchus avec les nombreuses formations homonymes, notamment le groupe irlandais de metal formé à Galway à la fin des années 2000 ou encore le groupe rouennais de blues rock alternatif, entre autres…

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Gorod : le tech death bordelais face au Pyrocène

Gorod poursuit son parcours singulier dans le death metal technique avec The Ember Gone, huitième album annoncé pour le 28 août 2026 chez Base Productions et distribué par Season of Mist. Près de trois décennies après ses débuts, le groupe bordelais continue de faire évoluer une musique où la virtuosité ne se contente jamais de jouer les gros bras.

De Gorgasm à Gorod

L’histoire commence à Bordeaux en 1997 sous le nom de Gorgasm. Après une première démo en 2000, puis plusieurs changements de formation, le groupe publie Neurotripsicks en 2004. Pour éviter toute confusion avec le groupe américain portant le même nom, les Bordelais adoptent définitivement le nom Gorod en 2005. Leading Vision, publié en 2006, marque alors le véritable lancement de leur carrière sous cette nouvelle identité.

Gorod

Très vite, Gorod développe une approche qui dépasse les frontières du death metal technique traditionnel. Les riffs sont complexes, les changements de rythmes incessants et les démonstrations instrumentales particulièrement impressionnantes, mais le groupe sait également injecter du groove, des mélodies et des harmonies inspirées notamment du jazz, du funk et du rock des années 1970. Cette capacité à rendre la virtuosité expressive constitue l’une des grandes forces de leur identité.

Au fil des années, les Bordelais vont ainsi imposer leur nom sur la scène internationale. Process of a New Decline en 2009, A Perfect Absolution en 2012, A Maze of Recycled Creeds en 2015 et Æthra en 2018 témoignent d’une volonté constante de faire progresser leur formule plutôt que de simplement la reproduire. En 2023, The Orb poursuit cette trajectoire avec une écriture annoncée comme plus directe et accessible, sans renoncer à la complexité qui fait la réputation du groupe.

Gorod, une virtuosité toujours au service de la musique

Chez Gorod, la technique n’est jamais une fin en soi. C’est même probablement ce qui permet au groupe de se distinguer dans une scène tech death particulièrement encombrée de démonstrations instrumentales.

Les guitares de Mathieu Pascal et Nicolas Alberny jonglent avec les riffs tortueux, les harmonies sophistiquées et les accélérations fulgurantes, tandis que la basse de Benoît Claus et la batterie de Karol Diers donnent à l’ensemble une assise redoutablement précise. Au-dessus de cette mécanique parfaitement huilée, Julien « Nutz » Deyres apporte un chant qui conserve toute la puissance nécessaire au registre.

Cette architecture musicale peut sembler intimidante sur le papier. Pourtant, Gorod possède un sens du groove suffisamment marqué pour que ses compositions restent physiques et accrocheuses. C’est probablement là que réside une partie de la longévité du groupe : faire cohabiter la haute précision instrumentale avec une véritable énergie de groupe.

The Ember Gone, un Gorod plus progressif

Le 28 août 2026, Gorod ajoutera un nouveau chapitre à sa discographie avec The Ember Gone. Présenté comme son huitième album studio, le disque semble vouloir pousser encore plus loin la dimension progressive du groupe. Enregistré au Bud Studio par Mathieu Pascal et mixé et masterisé par David Thiers, l’album doit associer la technicité habituelle du quintet à des arrangements plus travaillés et à des atmosphères davantage développées.

La tracklist annonce huit compositions : Signs, Devise, Forgiveness, Regret, Crimson, Ignite, Ember et Remains.

Le premier extrait, « Forgiveness », donne déjà une idée de cette nouvelle orientation. Gorod le présente comme sa composition la plus progressive à ce jour, avec une rencontre entre sa précision technique, des structures épiques et des territoires musicaux encore peu explorés par le groupe.

« Forgiveness », quand le death metal rencontre le Pyrocène

Le morceau gagne encore en profondeur grâce au travail de Sébastien Duattis, qui signe un véritable court-métrage d’environ huit minutes plutôt qu’un simple clip promotionnel.

« Forgiveness » s’intéresse au Pyrocène, notion désignant l’ère des mégafeux, à travers le regard d’un père confronté à la perspective de transmettre à son enfant un monde ravagé par les flammes. Regret, culpabilité, responsabilité et effondrement environnemental constituent le cœur de cette histoire.

Ce choix est particulièrement intéressant pour Gorod. Le groupe a toujours aimé associer sa musique à des réflexions philosophiques, historiques ou sociétales. Avec The Ember Gone, cette dimension semble prendre une nouvelle ampleur. La virtuosité devient alors un moyen de raconter quelque chose, et non simplement de montrer ce que cinq musiciens sont capables de jouer.

Le titre laisse ainsi entrevoir un album plus immersif, où les contrastes, les atmosphères et les arrangements devraient occuper une place importante. Et si « Forgiveness » constitue réellement un avant-goût fidèle du disque, Gorod pourrait bien surprendre jusque dans ses propres rangs.

Gorod - The Ember Gone

Une rentrée sous haute tension

La sortie de The Ember Gone sera rapidement suivie par une tournée européenne. Gorod partira sur les routes dès le 4 septembre 2026 aux côtés d’Allegaeon et d’Abysmal Dawn, avec notamment plusieurs dates françaises.

Les Bordelais seront notamment au Petit Bain à Paris le 6 septembre, une date qui permettra de découvrir sur scène les nouvelles compositions de The Ember Gone.

Pour un groupe dont la réputation scénique repose sur une exécution particulièrement précise et une énergie communicative, cette tournée arrive donc à point nommé. Gorod est de ces formations qui peuvent transformer une avalanche de notes en véritable expérience physique. Et lorsqu’un morceau comme « Forgiveness » ajoute à cette puissance une dimension narrative et émotionnelle, la perspective de voir ces nouvelles compositions prendre vie sur scène devient franchement alléchante.

Une nouvelle étape pour Gorod

Avec The Ember Gone, Gorod ne semble surtout pas vouloir jouer la carte de la sécurité. Après près de trente ans d’existence, le groupe bordelais continue au contraire de chercher de nouvelles manières de faire respirer son death metal technique.

« Forgiveness » est particulièrement prometteur : ambitieux, progressif et porté par un propos qui dépasse largement le cadre du metal extrême. Gorod conserve ses fondamentaux – précision, groove, puissance et virtuosité – tout en ouvrant davantage ses compositions à l’atmosphère et à la narration.

Voilà finalement ce qui rend Gorod aussi intéressant : derrière les riffs qui donnent envie de vérifier si nos doigts fonctionnent encore correctement, il y a toujours une véritable volonté de construire. Et avec The Ember Gone, le groupe pourrait bien transformer cette exigence en l’un de ses albums les plus singuliers.

Membres de Gorod

Julien « Nutz » Deyres : Chant
Mathieu Pascal : Guitare
Nicolas Alberny : Guitare
Benoît « Barby » Claus : Basse
Karol « K’roll » Diers : Batterie

La formation actuelle est stable depuis l’arrivée de Karol Diers à la batterie en 2014, après l’intégration de Julien Deyres et Nicolas Alberny en 2010.

Discographie de Gorod

Albums studio
2004 – Neurotripsicks
2006 – Leading Vision
2009 – Process of a New Decline
2012 – A Perfect Absolution
2015 – A Maze of Recycled Creeds
2018 – Æthra
2023 – The Orb
2026 – The Ember Gone

EPs
2011 – Transcendence
2017 – Kiss the Freak

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