Big Scaries : la douce échappée de Lucy in the Lighthouse

Big Scaries

Il y a des disques qui s’écoutent, et d’autres qui se traversent comme des souvenirs. Avec Lucy in the Lighthouse, Big Scaries signent un EP court mais habité, une parenthèse suspendue entre adolescence rêvée et nostalgie douce-amère.

Le duo originaire des États-Unis, composé de Dean Chittenden et Gavin Kendrick Brown, n’a pourtant rien d’évident. Leur rencontre tient presque du paradoxe : l’un venait de l’indie rock, l’autre d’un folk sombre et tous deux semblaient d’accord sur un point… ne pas faire de folk. Raté. Ou plutôt, réussite inattendue. Car c’est précisément dans cette zone floue, entre leurs influences respectives, que leur musique trouve aujourd’hui sa justesse.

Au cœur de cet EP, il y a Lucy. Pas une personne réelle, mais une présence familière, comme une amie dont on aurait oublié le visage mais gardé les sensations. Lucy, c’est celle qui fuit, qui aime, qui doute  et surtout celle qui regarde le monde avec une intensité propre aux premières fois.

À travers elle, Big Scaries racontent moins une histoire qu’un état : celui d’un moment de vie où tout semble possible, où l’on construit son identité dans les marges, entre rébellion discrète et rêves trop grands.

Big Scaries Lucy in the Lighthouse

Le morceau-titre, Lucy in the Lighthouse, ouvre l’EP comme on entrouvre une fenêtre sur la nuit. On y croise des escapades clandestines, des toits surplombant la ville, des films projetés à la volée… et ce phare, surtout, figure centrale et presque mythologique. Refuge, repère, promesse d’ailleurs : il incarne ce besoin d’évasion qui brûle doucement à cet âge-là.

Avec Lucy is Sentimental, le ton se fait plus introspectif. La chanson capte ce moment étrange où l’on commence à comprendre que les choses passent — et que l’on s’y attache d’autant plus. Les objets, les lieux, les gens deviennent des points d’ancrage fragiles, mais essentiels.

Enfin, Lucy Loves Anarchy vient bousculer cette douceur avec une énergie plus libre, presque insouciante. On y retrouve le goût de l’interdit, les journées volées à l’école, les routes sans destination. Mais sous cette légèreté affleure une envie sincère : celle de choisir sa vie, à deux, loin des cadres imposés.

Ce qui frappe dans Lucy in the Lighthouse, c’est sa manière d’évoquer un monde d’avant, non pas avec mélancolie pesante, mais avec une forme de tendresse lucide. Un temps où les souvenirs ne passaient pas par un écran, où les liens se construisaient dans la présence, dans le silence parfois, dans l’intensité souvent.

Big Scaries ne cherchent pas à recréer cette époque : ils la réinventent, à travers une écriture sensible et une atmosphère enveloppante. Leur musique agit comme un déclencheur, une madeleine sonore qui laisse à chacun la place d’y projeter ses propres images.

L’histoire ne s’arrête pas là. Le duo travaille déjà sur un nouveau chapitre centré sur un autre personnage : Margot. Si Lucy incarnait une lumière douce, presque nostalgique, Margot s’annonce plus étrange, peut-être plus trouble.

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Taj Mahal, légende vivante du blues en mouvement

Taj Mahal fait partie de ces artistes rares dont la carrière traverse les époques sans jamais perdre en intensité ni en curiosité musicale. Depuis les années 1960, il s’est imposé comme une figure majeure du blues américain, mais aussi comme un explorateur infatigable des musiques du monde. Son approche mélange le blues traditionnel avec des influences venues du folk, du reggae, du gospel et des musiques caribéennes, créant une signature immédiatement reconnaissable.

À plus de 80 ans, l’artiste continue d’étonner et de créer, prouvant que le blues n’est pas une musique figée mais un langage vivant, en perpétuelle évolution.

Taj Mahal

« Time », un nouvel album de Taj Mahal entre héritage et transmission

Le retour de Taj Mahal s’incarne aujourd’hui dans un projet ambitieux : Time, annoncé pour le 1er mai 2026. Réalisé avec The Phantom Blues Band, cet album s’annonce comme une œuvre profondément soul et introspective, mêlant blues, roots, folk et reggae dans une continuité naturelle de son parcours artistique.

Le premier single éponyme, Time, donne le ton : une atmosphère chaleureuse, organique, où chaque note semble respirer l’expérience et la mémoire musicale de plusieurs décennies.

Taj Mahal - Time

Une chanson inédite de Bill Withers retrouvée

L’un des éléments les plus marquants de ce projet est sans doute l’histoire de la chanson Time, écrite par Bill Withers. Le titre, resté longtemps inédit, provenait d’une démo oubliée, presque perdue.

Grâce à l’intervention de Steve Berkowitz et avec l’accord de Marcia Withers, la composition a été confiée à Taj Mahal, qui a immédiatement été touché par sa simplicité et sa profondeur. Il explique avoir ressenti dès la première écoute un mouvement naturel et une sincérité fidèle à l’esprit de Withers.

Cette connexion artistique entre deux figures majeures de la soul et du blues donne au morceau une dimension presque spirituelle, comme un dialogue entre générations.

Un album qui célèbre la mémoire et le présent

Avec Time, Taj Mahal ne se contente pas de revisiter ses influences : il les réinvente. L’album apparaît comme une réflexion sur le passage du temps, la transmission musicale et la continuité des émotions à travers les styles.

Toujours guidé par une approche instinctive et humaine de la musique, il confirme une fois encore son statut de pilier incontournable des musiques américaines.

Discographie de Taj Mahal

Albums studio
1968 – Taj Mahal (CBS) avec Ry Cooder
1968 – The Blues
1968 – The Natch’l Blues
1969 – Giant Steps / The Old Folks at Home
1971 – The Real Thing
1971 – Happy Just to Be Like I Am
1972 – Recycling the Blues and Other Related Stuff
1973 – Oooh So Good’n Blues
1973 – Sounder (Bande originale)
1974 – Mo’ Roots
1976 – Satisfied ‘N Tickled Too
1977 – Evolution
1977 – Music Fuh Ya’ (Musica Para Tu)
1979 – Together
1986 – Taj
1987 – Shake Sugaree
1993 – World Music
1993 – Dancing the Blues
1995 – Mumtaz Mahal (avec Ravikiran & L. Subramaniam Bhatt)
1996 – Phantom Blues
1997 – Señor Blues
1997 – Sacred Island
1999 – Kulanjan (avec Toumani Diabaté)
2003 – Hanapepe Dream
2008 – Maestro
2014 – Talkin’ Christmas (avec The Blind Boys of Alabama)
2016 – Labor of Love (enregistré en 1998)
2017 – TajMo (avec Keb’ Mo’)
2023 – Savoy
2025 – Room on the Porch (avec Keb’ Mo’)

Albums live
1990 – Live at Ronnie Scott’s
2000 – Shoutin’ in Key (avec The Phantom Blues Band)

Compilations
1981 – Best of Taj Mahal Vol. 1
2000 – Best of Private Years
2012 – Hidden Treasures of Taj Mahal (1969–1973)

Bandes originales et projets spéciaux
1973 – Sounder
1991 – Mule Bone (musique de pièce de théâtre)
1993 – Follow the Drinking Gourd (narration par Morgan Freeman)
2003 – Martin Scorsese Presents… The Blues

Participations et collaborations
1990 – Hot Spot (BO film, avec John Lee Hooker & Miles Davis)
1992 – The Source – Ali Farka Touré
1992 – Smilin’ Island of Song – Cedella Marley Booker
1996 – You Had It Comin’ (avec Carole Fredericks)
2007 – T’aimer si mal – Johnny Hallyday
2013 – Vicksburg Blues – Hugh Laurie

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