Janek van Laak : un cercle de folie musicale à Berlin

Un batteur au cœur de la création berlinoise

Né à Düsseldorf en 1995 et installé à Berlin depuis son enfance, Janek van Laak est un musicien dont le parcours semble avoir été façonné par un environnement artistique particulièrement stimulant. Batteur, compositeur, producteur et multi-instrumentiste, il développe une musique qui refuse gentiment de rester dans une seule case.

Son histoire familiale n’est certainement pas étrangère à cette ouverture. Avec un père passionné de punk et une mère issue du cabaret et de la comédie, Janek a grandi entre énergie brute, humour et goût de la scène. Après avoir commencé par chanter dans la chorale de son école, il s’est tourné vers la batterie et le piano avant de faire de la composition et de la production son terrain de jeu privilégié.

Berlin constitue naturellement un autre élément essentiel de son identité. La ville, et notamment son bouillonnement artistique post-réunification, offre un cadre idéal à un musicien qui aime mélanger les influences plutôt que de choisir son camp.

Janek van Laak est notamment membre fondateur du Liquid Brain Orchestra, formation basée à Neukölln, et fait également partie de Tutu Amuse (lire « Two to amuse »), un duo décalé qu’il partage avec la guitariste, chanteuse et actrice Rosa Landers. Ces expériences collectives nourrissent directement son approche personnelle de la musique.

Janek van Laak - Circle of Madness

Circle Of Madness, un premier album impossible à enfermer

Sorti en mars 2024 chez Sonar Kollektiv, Circle Of Madness constitue le premier véritable album de Janek van Laak sous son propre nom.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le musicien n’a pas choisi la facilité. Jazz expérimental, improvisation, funk, électro berlinoise, afro-jazz, fusion, pop avant-gardiste et sonorités psychédéliques se croisent au fil des douze morceaux. Une diversité également relevée par The Tonearm, qui décrit un album capable de faire cohabiter jazz, improvisation, funk et électronique berlinoise au sein d’une même proposition.

Janek décrit lui-même son disque comme une sorte d’instantané, une photographie musicale d’un moment donné. Une manière assez juste de présenter une œuvre qui semble davantage chercher à capturer des idées, des sensations et des rencontres qu’à respecter un quelconque cahier des charges.

Dès « a little GOLD », le ton est donné. Les synthétiseurs délicats et les percussions laissent progressivement apparaître des guitares plus abrasives et des voix sans paroles. Puis l’album part dans différentes directions sans jamais perdre son sens du rythme.

« Here To Slay », avec la voix puissante de l’Australienne Madeleine Rose, affiche une énergie presque provocatrice. « Saints Blow » met les cuivres en évidence tandis que « Daiamondo », marqué par la participation de la chanteuse et multi-instrumentiste japonaise Shiomi Kawaguchi, rappelle les passerelles entre les différents projets de Janek.

Le batteur ne se contente d’ailleurs pas d’être l’architecte rythmique de ses compositions. Sur « Above Your Head », il prend également le micro et apporte une couleur presque latine à l’ensemble. Ailleurs, les batteries et percussions dialoguent avec guitares, cuivres et électronique, notamment sur « Sloppy Dreams » et « Left 4 Dead ».

Une fusion moderne et joyeusement imprévisible

Ce qui frappe dans Circle Of Madness, c’est cette volonté de ne jamais considérer une influence comme une frontière. Janek van Laak peut passer d’une atmosphère douce et scintillante sur « Glintstones » à une approche plus guitaristique avec « The Last Stylebender », avant de plonger dans les ambiances plus sombres de « Garlic Brown Junior ».

Deux titres résument particulièrement bien cette philosophie.

« The Killah Gorilla » adopte une coloration afro-jazz et tire son nom du combattant américain de MMA Jared « The Killa Gorilla » Cannonier. Une référence qui correspond finalement assez bien à l’énergie physique du morceau.

Puis arrive « OCTAPUSSY », véritable morceau-fleuve de près de dix minutes. Claviers rêveurs, roulements de batterie, guitares soyeuses et construction progressive composent une longue pièce de fusion contemporaine qui laisse beaucoup de place à l’interaction entre les instruments.

La batterie demeure évidemment le cœur battant de l’entreprise, mais elle ne cherche jamais à écraser le reste. Janek fonctionne davantage comme un chef d’orchestre aventureux, capable de faire dialoguer une multitude de textures et de personnalités.

Janek van Laak : Une musique pensée comme une découverte

Il serait finalement réducteur de présenter Janek van Laak comme un simple batteur de jazz expérimental. Son parcours et ses projets témoignent d’une démarche beaucoup plus large. La production, la composition, l’improvisation et la performance sont chez lui intimement liées.

Cette curiosité permanente explique sans doute pourquoi Circle Of Madness donne parfois l’impression d’assister à une jam qui aurait décidé de prendre des chemins de traverse. Il y a de la précision, mais aussi de l’accident heureux, de l’humour et une certaine dose de folie.

Et Janek ne semble pas vouloir s’arrêter là. Après ce premier album, son travail s’est poursuivi avec notamment Sessions of Madness, Vol. 1 – Tied to the Machine en 2025, puis Sessions of Madness, Vol. 2 – Goat By Brain en 2026.

Voilà donc un artiste qui mérite l’attention de tous ceux qui aiment lorsque le jazz, le rock, la fusion et les musiques électroniques cessent de se regarder en chiens de faïence. Janek van Laak ne cherche manifestement pas à choisir entre les genres : il préfère les faire se rencontrer, les bousculer et voir ce qui se passe.

Et dans ce cercle de folie, il y a décidément beaucoup de choses à découvrir.

Janek van Laak Une folie créative à suivre

Avec Circle Of Madness, Janek van Laak démontre qu’il est possible de faire de la fusion un véritable terrain d’exploration. Entre rythmiques aventureuses, jazz, funk, électronique, cuivres et guitares, le Berlinois compose une musique en perpétuel mouvement, aussi exigeante que ludique. Une démarche sans frontières qui laisse surtout une impression : celle d’un artiste qui préfère suivre sa curiosité plutôt que les chemins balisés. Et c’est probablement là que réside toute la richesse de son univers.

Membres et collaborations

Janek van Laak : Batterie, piano, composition, production, chant
Rosa Landers : Guitare, chant, comédie et théâtre au sein de Tutu Amuse
Madeleine Rose : Chant sur « Here To Slay »
Shiomi Kawaguchi : Chant et instruments sur « Daiamondo »

Discographie de Janek van Laak

Albums studio
2024 – Circle Of Madness
2025 – Sessions of Madness, Vol. 1 – Tied to the Machine
2026 – Sessions of Madness, Vol. 2 – Goat By Brain

EP
2025 – Live at Hypertone Studio

Singles
2024 – The Killah Gorilla

Youtube | Bandcamp

The Golden Scarab : Voyage Mystique de Ray Manzarek

The Golden Scarab est le premier album solo de Ray Manzarek, musicien, compositeur et producteur américain, surtout connu comme claviériste des Doors. Né en 1939 à Chicago et décédé le 20 mai 2013 en Allemagne, il a marqué l’histoire du rock avec son jeu de clavier unique, mêlant influences jazz, blues et musique classique.

Son style distinctif, notamment sur l’orgue Vox Continental, a façonné le son légendaire des Doors. Après la dissolution du groupe, Manzarek a poursuivi une carrière solo, explorant des univers musicaux variés et collaborant avec de nombreux artistes. Visionnaire et créatif, il reste une figure emblématique du rock psychédélique et de la musique expérimentale.

The Golden Scarab : Un Tournant Après les Doors

Après la dissolution des Doors en 1973, Ray Manzarek, claviériste emblématique du groupe, s’est lancé dans une carrière solo. Son premier album, The Golden Scarab, est sorti en 1974 sous le label Mercury. Cet opus marque une transition artistique audacieuse, mêlant rock psychédélique, jazz et sonorités électroniques.

Ray Manzarek The Golden Sacarab

L’Essence Musicale de The Golden Scarab

Devenu mythique, l’album explore des thèmes philosophiques liés à l’existence et au mysticisme, fidèles à l’univers des Doors. Les morceaux sont portés par le jeu unique de Manzarek au clavier et sa voix reconnaissable. Le titre éponyme The Golden Scarab incarne cette quête introspective, tandis que des morceaux comme Solar Boat et The Purpose of Existence Is? renforcent l’atmosphère cosmique et spirituelle.

L’influence du jazz et des rythmes afro-brésiliens est palpable, notamment dans He Can’t Come Today, où des sonorités samba et bossa nova se mêlent à des envolées de claviers électriques. Downbound Train, une reprise de Chuck Berry, réinterprète ce classique avec une énergie frénétique proche du style de L.A. Woman.

Ray Manzarek The Golden Sacarab

Une Production Soignée et des Collaborations de Haut Niveau

Produit par Bruce Botnick, l’album rassemble une équipe de musiciens exceptionnels. On retrouve Larry Carlton à la guitare, Tony Williams à la batterie et Jerry Scheff à la basse, accompagnés d’une riche section de percussions incluant Mailto Correa, Milt Holland et Steve Forman. Cette combinaison donne à l’album une dynamique instrumentale intense et variée.

Les morceaux instrumentaux comme The Moorish Idol, dominé par les synthétiseurs et les moogs, rappellent le rock progressif d’Emerson, Lake & Palmer. Le jeu virtuose de Manzarek au kalimba dans The Golden Scarab crée des textures sonores complexes, ajoutant une touche exotique et psychédélique.

Réception Critique Contrastée

Les critiques de l’époque étaient partagées. AllMusic a salué l’album comme « Le meilleur hommage aux Doors par l’un de ses membres survivants« , tandis que Uncut l’a jugé prétentieux. Cependant, le projet révèle la liberté créative de Manzarek, libéré du poids de l’image de Jim Morrison.

Éditions Bonus et Héritage

La version CD inclut trois morceaux supplémentaires issus de l’album The Whole Thing Started with Rock & Roll Now It’s Out of Control, notamment Bicentennial Blues, un morceau puissant et engagé. Ces titres enrichissent davantage l’univers musical de Manzarek, témoignant de son goût prononcé pour l’expérimentation et la recherche sonore.

Tracklist de The Golden Scarab

Face A
He Can’t Come Today – 4:40
Solar Boat – 5:58
Downbound Train (Chuck Berry) – 5:31
The Golden Scarab – 6:42

Face B
The Purpose of Existence Is? – 6:38
The Moorish Idol – 5:38
Choose Up and Choose Off – 4:43
Oh Thou Precious Nectar Filled Form (« A Little Fart ») – 4:57

Pistes Bonus (Édition CD)
Whirling Dervish (Manzarek, Paul Davis)
I Wake Up Screaming (Manzarek, Danny Sugerman)
Bicentennial Blues (Love It or Leave It)

Musiciens ayant participé à l’album

Ray Manzarek : chant, claviers, piano, orgue, synthétiseur, kalimba
Ernie Watts : saxophone ténor
George Bohanon : trombone
Jerry Scheff : basse
Larry Carlton : guitare
Mayuto Correa : wood-block, bongos, congas
Milt Holland : pandeiro, cabasa, quica, cloche africaine
Oscar Brashear : trompette
Patti Smith : chant sur I Wake Up Screaming
Steve Forman : cloches à vache, pipeau, guiro, wood-block
Tony Williams : batterie

Conclusion

The Golden Scarab reste un album unique dans la carrière de Ray Manzarek. Bien que méconnu du grand public, il constitue une œuvre ambitieuse et visionnaire, fusionnant rock, jazz et musiques du monde. C’est un incontournable pour les amateurs de sonorités psychédéliques et d’expérimentations audacieuses, digne de figurer parmi les grandes réalisations du rock des années 1970.