Oöhna Call : les résonances obscures de eKKo

Un écho venu de Tours

Depuis 2019, Oöhna Call développe à Tours une musique instrumentale située quelque part entre Post-Rock et Noise, avec cette capacité à faire cohabiter tension, matière sonore et atmosphères contemplatives. Le trio français réunit les frères Ilharragorry, déjà passés par les formations Weeping Minds of Silence et Kraken Oxen, ainsi qu’Alexis Giboureau à la batterie, arrivé dans le groupe en 2022.

Oöhna Call

Avec eKKo, Oöhna Call pousse plus loin cette recherche autour de la répétition et de la résonance. Le titre n’est évidemment pas choisi au hasard : l’album s’articule autour de la notion d’écho, aussi bien dans sa dimension sonore que dans ce qu’elle peut suggérer sur le plan humain.

Et justement, l’écho chez Oöhna Call n’a rien d’une simple répétition confortable. Il revient, se transforme, se déforme et finit parfois par donner l’impression de nous poursuivre.

eKKo, un voyage en huit mouvements

L’album s’ouvre avec « Circle » et se referme avec « Alter Circle », comme si Oöhna Call dessinait volontairement une boucle. Entre les deux, Tetsuo, Bilateral, Trauma, Palindrome, Gemini et Reminiscence composent un parcours de huit pièces instrumentales.

Cette construction circulaire prend une dimension particulière avec la phrase répétée sur les morceaux d’ouverture et de clôture : « You have to leave now and never come here ». Une injonction qui fonctionne comme un mantra et qui renvoie à cette idée d’une condition humaine condamnée à reproduire certains schémas.

Pas besoin ici de longs discours ou d’un chanteur pour imposer un récit. Les guitares, la basse, les synthétiseurs et les boucles prennent en charge la narration. Les compositions semblent avancer par strates, faisant dialoguer textures organiques et sonorités synthétiques.

C’est précisément là que le concept d’écho devient intéressant : plutôt que de simplement reproduire un motif, Oöhna Call joue avec sa persistance et ses transformations.

Oöhna Call : Entre tension et contemplation

Les influences revendiquées permettent de situer quelque peu le territoire musical du trio. eKKo peut ainsi évoquer par moments les univers de Mogwai, Swans ou Neurosis.

Mais réduire Oöhna Call à ces références serait finalement passer à côté de l’essentiel. Le groupe semble davantage s’en servir comme d’un point de départ pour construire sa propre matière sonore.

Le format instrumental laisse également beaucoup d’espace à l’imagination. Chaque morceau peut devenir une sorte de paysage mental, où les motifs se répètent, s’étirent et évoluent progressivement. Le post-rock apporte cette capacité à installer des atmosphères, tandis que la noise injecte une dose bienvenue d’aspérité.

Le résultat devrait particulièrement parler aux amateurs de musiques qui prennent leur temps et préfèrent la progression à l’efficacité immédiate. Ici, on ne cherche manifestement pas le refrain qui vous saute dessus après trente secondes. On préfère laisser l’écho faire son travail.

Oöhna Call Ekko

Une énergie capturée presque en direct

Autre élément intéressant dans la conception de eKKo : l’album a été enregistré en seulement deux jours au studio Line Check Records, dans des conditions proches du live afin de préserver l’intensité du trio.

Ce choix est particulièrement cohérent avec une musique aussi dépendante de l’interaction entre les instruments. La spontanéité et la dynamique collective peuvent ainsi conserver une place importante, plutôt que de transformer les morceaux en constructions excessivement aseptisées.

Jérémie Ilharragorry assure la basse, les synthétiseurs et les boucles, Mike Gory prend en charge les guitares, synthétiseurs et boucles, tandis qu’Alexis Giboureau tient la batterie. Mike Gory assure également le mixage, avec Paco Berthault à l’enregistrement.

Avec ses 45 minutes et 50 secondes, eKKo offre ainsi un format suffisamment ample pour développer son univers sans pour autant se perdre dans une interminable démonstration.

Oöhna Call, une discographie en construction

eKKo s’inscrit dans une discographie encore relativement courte mais déjà cohérente :

EP
2020 – Hidden
2024 – Bauerngarten

Album studio
2022 – Mimesis

Le nouveau disque constitue donc une nouvelle étape pour un groupe qui, depuis ses débuts, poursuit une exploration instrumentale à la croisée du post-rock et de la noise.

Une boucle qui ne demande qu’à recommencer

Avec eKKo, Oöhna Call transforme l’idée d’écho en véritable principe de composition. Les boucles, les réminiscences et les résonances deviennent les différents éléments d’une musique où l’organique rencontre l’électronique, où la tension côtoie la contemplation et où chaque motif semble porter la mémoire de celui qui l’a précédé.

L’album sera disponible le 25 septembre 2026 en CD digisleeve et sur les plateformes de streaming via Bitume Prods.

Une sortie qui devrait intéresser les amateurs de post-rock aventureux et de noise instrumentale. Et puisque eKKo s’achève là où il commence, une seule question demeure : sommes-nous réellement arrivés au bout du voyage… ou venons-nous simplement de relancer la boucle ?

Membres de Oöhna Call

Jérémie Ilharragorry : Basse, synthé, boucles
Alexis Giboureau : Batterie
Mike Gory : Guitare, synthé, boucles

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