Après plusieurs années de silence discographique, Stare At The Clouds poursuit son retour avec « Gravity », deuxième single annonçant The Veil, le nouvel album du groupe australien. Après « The Patient: Fray », paru en novembre 2025, cette nouvelle composition confirme une orientation aussi ambitieuse que profondément émotionnelle. Le morceau s’intéresse à un instant où quelques mots suffisent à faire basculer une existence : l’annonce d’un diagnostic de démence.
Derrière les guitares et les rythmiques massives, Stare At The Clouds raconte ici une histoire de couple, de maladie, de perte et surtout d’amour. Une manière particulièrement forte de rappeler que le metal progressif peut aussi être un formidable vecteur d’émotions humaines.
Stare At The Clouds, entre atmosphère et déferlement
Originaire de Newcastle, en Australie, Stare At The Clouds se définit comme un groupe de progressive post-metal. Sa musique repose sur des voix claires et envoûtantes, des accords saturés de réverbération, des textures de guitare cristallines, des basses profondes et des rythmiques polymétriques.
Cette identité était déjà pleinement installée sur This Clear Divide, premier album du groupe sorti en avril 2016. Le disque, enregistré et mixé à Sydney, mêlait déjà passages instrumentaux, compositions progressives et séquences plus lourdes. Les crédits de l’album attribuent l’ensemble des morceaux à Seb Key, Keelan Butterick, Cassandra Key, Evan Jackson et Jacob Grindrod.
Dix ans plus tard, Stare At The Clouds reprend donc cette formule en lui donnant une dimension narrative particulièrement poignante.
« Gravity », le jour où tout bascule
« Gravity » raconte le moment dévastateur où un couple apprend qu’une démence va désormais faire partie de son quotidien. Le morceau ne se contente cependant pas d’adopter le point de vue de la personne malade. Il donne également une voix à celle qui reste à ses côtés.
C’est Olivia Mirrington, également connue pour son implication au sein de SUNNDIAL, qui intervient ici comme voix du conjoint. Sa présence enrichit considérablement le récit, les deux voix se répondant dans une forme de dialogue musical où se croisent le chagrin, la peur, la consolation et la volonté de rester ensemble.
Cette construction à deux voix est probablement l’un des éléments les plus touchants de « Gravity ». La maladie n’est pas seulement présentée comme une épreuve individuelle. Elle devient une expérience partagée, qui oblige deux personnes à redéfinir leur avenir alors même qu’elles viennent d’apprendre que celui-ci ne sera plus celui qu’elles avaient imaginé.
Et c’est là que le titre « Gravity » prend tout son sens. Il évoque ce poids soudain, presque physique, qui s’abat sur le couple. Une force impossible à arrêter, qui entraîne progressivement les deux protagonistes vers ce que le groupe décrit comme un « slow goodbye ».
Une construction musicale qui épouse le récit
Stare At The Clouds ne cherche pas à illustrer cette histoire avec une musique constamment dramatique. Au contraire, « Gravity » prend le temps de construire son émotion.
Le morceau s’ouvre sur des guitares claires et atmosphériques, accompagnées de mélodies intimes et de couches vocales fantomatiques. L’ensemble semble presque suspendu, comme si le temps s’était momentanément arrêté après l’annonce du diagnostic.
Puis la tension s’accumule.
Les éléments s’empilent progressivement jusqu’à transformer cette fragilité initiale en un véritable mur de son. Les guitares gagnent en densité, les graves deviennent plus imposants et les rythmiques prennent une dimension de plus en plus implacable.
La progression musicale épouse ainsi parfaitement le propos. Le poids de la nouvelle s’installe peu à peu, jusqu’à devenir impossible à contenir.
C’est précisément dans ce contraste entre délicatesse et puissance que Stare At The Clouds trouve une grande partie de son identité. Le groupe ne juxtapose pas simplement passages calmes et séquences lourdes : il les fait évoluer les uns à partir des autres.
The Veil, un album consacré à la démence
« Gravity » ne doit surtout pas être considéré comme un morceau isolé. Il constitue l’un des éléments d’un projet beaucoup plus vaste : The Veil, le prochain album de Stare At The Clouds.
Le disque est pensé comme un hommage aux innombrables familles confrontées à la démence. Le groupe souhaite aborder la maladie et ses conséquences, mais également raconter les histoires de celles et ceux qui continuent d’avancer malgré la perte progressive de repères.
Derrière la souffrance se trouvent ainsi la dévotion, la résilience et cet amour capable de subsister alors même que la maladie transforme profondément une relation.
Ce choix thématique donne au retour de Stare At The Clouds une résonance particulière. Après This Clear Divide, album qui témoignait déjà d’un goût prononcé pour les récits complexes et les compositions évolutives, le groupe semble avoir choisi de placer l’humain encore davantage au centre de son écriture.
Une émotion qui ne cherche pas la facilité
Ce qui fonctionne particulièrement bien dans « Gravity », c’est que Stare At The Clouds ne transforme jamais son sujet en simple prétexte à une démonstration de puissance. Les montées instrumentales ont un véritable rôle narratif.
La musique devient progressivement plus lourde à mesure que la réalité s’impose. Elle donne presque une matérialité au poids du diagnostic, tandis que les voix conservent cette dimension humaine qui empêche le morceau de sombrer dans la seule noirceur.
Le résultat est un titre qui peut séduire les amateurs de metal progressif, de post-metal et de post-rock, mais qui dépasse aussi largement les frontières du genre. Car avant d’être une composition ambitieuse, « Gravity » est une chanson sur deux personnes confrontées à une épreuve qu’elles n’ont pas choisie.
Et finalement, c’est peut-être là que Stare At The Clouds est le plus convaincant : lorsqu’il utilise la démesure du metal pour raconter quelque chose d’intime.
Stare At The Clouds prépare un album ambitieux
Avec « The Patient: Fray » puis « Gravity », Stare At The Clouds construit progressivement le chemin vers The Veil. Dix ans après son premier album, le groupe australien ne semble donc pas vouloir revenir simplement pour prolonger une histoire commencée en 2016.
« Gravity » possède au contraire tous les ingrédients d’une nouvelle étape : une écriture plus narrative, une dimension émotionnelle forte, une invitée qui apporte un second point de vue vocal et une production pensée pour faire évoluer progressivement l’auditeur d’une fragile intimité vers une impressionnante déferlante sonore.
Le morceau est aussi une belle démonstration de ce que peut être le post-metal lorsqu’il ne se contente pas de chercher la lourdeur. Ici, la puissance a un sens. Elle représente le poids du temps, celui de la maladie et cette lente disparition évoquée par le groupe comme un « slow goodbye ».
Un titre sombre, certainement, mais pas dépourvu d’espoir. Car au cœur de « Gravity », ce qui demeure finalement le plus fort n’est peut-être pas la maladie : c’est le lien entre deux êtres qui décident de continuer à avancer ensemble.
Membres de Stare At The Clouds
Seb Key : Guitare, chant
Keelan Butterick : Chant, guitare
Cassandra Key : Batterie, piano, percussions
Evan Jackson : Basse
Jacob Grindrod : Guitare
Discographie de Stare At The Clouds
Albums studio
2016 – This Clear Divide
Singles
2025 – The Patient: Fray
2026 – Gravity
À retenir
Avec « Gravity », Stare At The Clouds transforme l’annonce d’un diagnostic de démence en une expérience musicale aussi lourde que bouleversante. La voix d’Olivia Mirrington, les guitares atmosphériques et la montée progressive vers un mur de son donnent au morceau une force particulière. Après « The Patient: Fray », ce deuxième extrait laisse surtout entrevoir un The Veil qui pourrait s’imposer comme un album particulièrement humain et ambitieux.
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