Andreas Vollenweider, poète sonore de la harpe moderne

Andreas Vollenweider

Andreas Vollenweider occupe une place à part dans le paysage musical contemporain. Né à Zurich en 1953, ce musicien suisse a profondément transformé l’image et le potentiel expressif de la harpe. En la détournant de son cadre classique pour en faire un instrument électro-acoustique aux possibilités inédites, il a ouvert la voie à une musique instrumentale libre, immersive et universelle, affranchie des frontières stylistiques.

Une approche instinctive et visionnaire

Autodidacte sur la harpe, Andreas Vollenweider refuse très tôt les contraintes techniques et esthétiques de l’instrument traditionnel. Il conçoit alors sa propre harpe amplifiée et développe une technique de jeu singulière, pensée comme une extension directe de son imaginaire. Cette liberté lui permet d’explorer des paysages sonores d’une grande richesse, où les mélodies semblent flotter hors du temps, portées par une sensibilité presque cinématographique.

Ses premières œuvres posent les bases d’un langage musical personnel, fait de thèmes lumineux, de rythmes souples et d’ambiances contemplatives. Très vite, son univers séduit un public bien au-delà des cercles spécialisés.

Une reconnaissance internationale durable

À partir des années 1980, la carrière d’Andreas Vollenweider prend une dimension internationale. Ses albums rencontrent un large succès et ses concerts deviennent de véritables expériences sensorielles, où la musique dialogue avec la lumière et l’espace. Cette période marque son inscription durable dans une scène alors qualifiée de new age, bien que son œuvre dépasse largement cette étiquette.

Sa notoriété mondiale s’accompagne de nombreuses collaborations avec des artistes issus d’horizons variés, confirmant son goût pour l’échange et le métissage culturel. Sans jamais renoncer à son identité, Vollenweider enrichit sa musique de nouvelles textures, intégrant voix, percussions et arrangements orchestraux avec une grande finesse.

Andreas Vollenweider

Une musique au service du vivant

Parmi les projets les plus marquants d’Andreas Vollenweider ces dernières années figure Music for Preemies, initié en 2022. Cette démarche singulière dépasse le cadre artistique pour s’inscrire au croisement de la musique, de la science et du soin. Conçu pour les nourrissons prématurés, ce projet explore l’impact de stimuli sonores spécifiquement pensés sur le développement du cerveau humain à ses tout premiers stades. Les recherches menées ont mis en évidence que certaines structures musicales, par leurs fréquences, leurs dynamiques et leur douceur, peuvent activer des processus physiologiques complexes, influençant positivement l’évolution neurologique et émotionnelle des nouveau-nés. Cette initiative pionnière confirme ce que Vollenweider a toujours défendu : la musique n’est pas un simple ornement, mais une force capable d’agir en profondeur sur l’être humain. Les résultats déjà observés ouvrent des perspectives prometteuses en neurosciences et renforcent la dimension profondément humaniste de son œuvre.

Une œuvre tournée vers l’humain et la nature

Au-delà de l’aspect musical, Andreas Vollenweider défend une vision humaniste de l’art. Sa discographie, souvent inspirée par la nature, le voyage et la spiritualité, invite à l’écoute attentive et à l’introspection. Engagé de longue date dans des causes environnementales et humanitaires, il conçoit la musique comme un vecteur de paix et de lien entre les cultures.

Aujourd’hui encore, son œuvre continue de toucher un public intergénérationnel, preuve de la force intemporelle de son langage musical.

Membres d’Andreas Vollenweider & Friends

Andreas Vollenweider : Harpe électro‑acoustique, composition
Walter Keiser : Batterie, percussions, programmation
Daniel Kueffer : Instruments à vent, claviers, accordéon, voix
Isabel Gehweiler : Violoncelle, voix, claviers, percussions
Oliver Keller : Guitares, cordes
(liste non exhaustive)

Discographie d’Andreas Vollenweider

Albums studio
1979 – Eine Art Suite in XIII Teilen
1981 – Behind the Gardens
1982 – Caverna Magica
1984 – White Winds
1986 – Down to the Moon
1989 – Dancing with the Lion
1990 – Traumgarten
1991 – Book of Roses
1993 – Eolian Minstrel
1997 – Kryptos
1999 – Cosmopoly
2004 – Vox
2006 – Midnight Clear
2009 – Air
2020 – Quiet Places
2022 – Slow Flow Dancer

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Yoorim Won façonne une mémoire sonore avec IKLIM : Memory and Curve

Installée à Paris depuis plus de dix ans, la compositrice et multi-instrumentiste coréenne Yoorim Won signe avec IKLIM : Memory and Curve un premier album d’une rare profondeur. Sorti le 14 novembre 2025, ce disque inaugure une série musicale ambitieuse dans laquelle l’artiste explore l’histoire, la culture et la mémoire de différents pays à travers un langage sonore singulier, à la croisée du jazz contemporain et des musiques traditionnelles coréennes.

Yoorim Won

Yoorim Won : une musique qui attire l’oreille

Le mot IKLIM est un jeu linguistique coréen que Yoorim Won traduit par « la musique qui attire l’oreille ». Une définition qui prend tout son sens dès les premières notes de l’album. Grâce à une flûte traversière spécialement modifiée, dotée d’une embouchure coulissante, l’artiste parvient à faire glisser les notes, à imiter d’autres instruments du monde et à produire des sonorités inédites. Ce dispositif lui permet de dialoguer naturellement avec le taepyeongso, hautbois traditionnel coréen au timbre rugueux et expressif, au cœur de nombreuses compositions.

Entre traditions coréennes et jazz d’aujourd’hui

IKLIM : Memory and Curve se compose de onze pièces où se rencontrent jazz, improvisation et héritage musical coréen. Certaines compositions revisitent des chants emblématiques, comme Arirang, véritable fil conducteur de l’album, tandis que d’autres plongent dans une mémoire plus intime. L’écriture de Yoorim Won joue constamment sur les contrastes : passages méditatifs, tensions rythmiques, envolées collectives et moments de chaos maîtrisé.

Yoorim Won

La suite 500 Years Arirang illustre parfaitement cette démarche. Découpée en quatre mouvements, elle retrace symboliquement l’histoire du peuple coréen, entre paix originelle, colonisation, division et résistance. Plus loin, Habuji (Song For My Grandpa) rend hommage à son grand-père disparu, mêlant prière rituelle, pulsation cardiaque et émotion à fleur de peau. D’autres pièces, comme Taepyeong Trane, rendent hommage à John Coltrane en transposant son esprit au taepyeongso, dans un dialogue inattendu entre traditions coréennes et jazz spirituel.

Un quartet au service d’un projet fort

Pour donner vie à cet univers, Yoorim Won s’est entourée de musiciens issus de la scène jazz émergente parisienne, tous formés au Centre des Musiques Didier Lockwood. Le quartet développe une interaction fluide, alternant écriture précise et espaces d’improvisation, avec une attention constante portée aux nuances et aux textures. Depuis septembre 2025, la pianiste Julia Perminova a rejoint le projet, renforçant encore la richesse expressive du groupe.

À la fois politique, intime et profondément sensoriel, IKLIM : Memory and Curve s’impose comme une œuvre singulière, exigeante et accessible, qui fait dialoguer les époques et les cultures sans jamais perdre son intensité émotionnelle.

Membres

Yoorim Won : Flûte traversière, hautbois coréen (taepyeongso), chant, compositions, arrangements
Nina Gat : Piano (sur l’album)
Julia Perminova : Piano
Matis Regnault : Contrebasse
Léo Tochon : Batterie

Discographie de Yoorim Won

Albums studio

2025 – IKLIM : Memory and Curve

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