Sean Mason : State of the Art, le jazz en mouvement

Sean Mason, un pianiste ancré dans l’histoire du jazz

Originaire de Charlotte, en Caroline du Nord, Sean Mason s’est imposé comme l’une des figures montantes du jazz contemporain américain. Pianiste, compositeur, producteur et chef d’orchestre, il revendique une musique nourrie par toute l’histoire du jazz, de ses racines dans l’église et les musiques dansées jusqu’aux formes les plus modernes du concert jazz.

Sean Mason

Son parcours musical commence dans sa ville natale, notamment au contact de son grand-père, batteur et propriétaire d’un club fréquenté par la communauté musicale afro-américaine de Charlotte dans les années 1950 et 1960. La formation reçue dans les églises et auprès de JazzArts Charlotte va progressivement conduire le jeune musicien vers l’enseignement supérieur, d’abord à l’UNC Greensboro puis à la prestigieuse Juilliard School de New York.

Encore étudiant, Sean Mason commence à jouer professionnellement avec Branford Marsalis avant de travailler avec plusieurs grands noms du jazz, parmi lesquels Wynton Marsalis, Christian McBride, Herlin Riley, Catherine Russell ou Joel Ross. Son activité dépasse également le strict cadre du disque puisque son jeu et ses compositions apparaissent notamment dans les productions Netflix Ma Rainey’s Black Bottom et Rustin.

Aujourd’hui reconnu comme artiste Steinway, lauréat d’un Bessie Award et nommé aux GRAMMY Awards, Mason défend un jazz à la fois savant, accessible et profondément attaché au groove. Une combinaison qui explique sans doute pourquoi NPR a qualifié sa musique d’« exceptionally groovy ».

Sean Mason fait dialoguer jazz et danse

Avec State of the Art, Sean Mason franchit une nouvelle étape dans cette recherche. Sorti le 16 octobre 2026 sur Taylor Christian Records, son propre label indépendant, l’album constitue son troisième disque en tant que leader, mais aussi le premier véritable enregistrement de son nouveau trio.

Il retrouve pour l’occasion le bassiste danois Felix Moseholm et le batteur Domo Branch, déjà présents sur ses précédents projets. Mais deux nouveaux membres viennent bouleverser les habitudes du trio : les « artistes du mouvement » Reyna Nuñez et LeAndre Douglas.

Et non, il ne s’agit pas simplement de faire danser deux artistes devant les musiciens. Sean Mason a voulu jouer avec eux.

Leurs pas, leurs gestes, leurs voix et leurs rythmes deviennent ainsi partie intégrante de la musique. Les musiciens réagissent aux mouvements des danseurs, lesquels répondent à leur tour aux propositions sonores du trio. Une conversation qui paraît finalement assez naturelle lorsque l’on se souvient que le jazz et la danse entretiennent depuis toujours une relation particulièrement étroite.

Cette démarche prolonge d’ailleurs une collaboration déjà engagée avec Reyna Nuñez et LeAndre Douglas autour de The Jazz Continuum, création chorégraphiée par LaTasha Barnes, pour laquelle Sean Mason et Charles Turner ont reçu un Bessie Award en 2023 pour la composition musicale et le design sonore.

Sean Mason privilégie la spontanéité

Le titre State of the Art possède ici un double sens particulièrement intéressant. Il évoque évidemment le plus haut niveau de réalisation dans un domaine artistique, mais Sean Mason pose aussi une question beaucoup plus directe : quel est réellement « l’état de l’art » aujourd’hui, à une époque où les technologies brouillent de plus en plus la frontière entre le réel et l’artificiel ?

Pour tenter d’y répondre, le pianiste a choisi une méthode presque à contre-courant de la recherche permanente de perfection en studio. Les six premières compositions ont été enregistrées au cours d’une seule session, avec au maximum deux prises par morceau.

Autrement dit, pas question de passer des semaines à effacer chaque aspérité ou à transformer chaque performance en objet parfaitement calibré. Les réactions spontanées, les petites surprises, les changements de direction et les interactions entre les cinq protagonistes sont conservés.

C’est précisément là que réside l’un des intérêts majeurs de State of the Art. L’album parle autant de jazz que d’écoute collective. Chacun doit être attentif à ce que fait l’autre et accepter de modifier son propre jeu en conséquence. Une philosophie qui remet l’humain au centre du processus de création.

Sean Mason State of the Art

Sean Mason, du Southern Suite à State of the Art

Cette approche ne tombe évidemment pas du ciel. Depuis The Southern Suite, son premier album en tant que leader paru en 2023, Sean Mason construit une discographie personnelle autour d’un jazz instrumental mélodique, chaleureux et profondément marqué par ses racines américaines.

The Southern Suite explorait son rapport au Sud des États-Unis à travers huit compositions originales. Le disque avait rencontré un bel accueil dans les classements jazz américains, tout en attirant l’attention de médias spécialisés comme DownBeat et NPR.

En 2025, A Breath of Fresh Air poursuivait cette trajectoire avec un quintette et huit nouvelles compositions, tout en inaugurant Taylor Christian Records, le label indépendant fondé par Mason. Entre-temps, son travail en duo avec la chanteuse Catherine Russell sur My Ideal lui avait valu une nomination aux GRAMMY Awards 2025 dans la catégorie Best Jazz Vocal Album, ainsi qu’un Bistro Award pour cet enregistrement.

Avec State of the Art, le pianiste revient donc à une formation plus dépouillée, mais paradoxalement plus ouverte. Le trio piano-contrebasse-batterie constitue le socle, tandis que la danse devient un instrument supplémentaire, une source de rythme et d’inspiration.

State of the Art, un jazz qui respire

Les sept morceaux du nouvel album témoignent de cette volonté de conserver une musique vivante. Secure the Bag, qui ouvre le disque, installe immédiatement cette relation entre groove, piano, basse, batterie et mouvement. A Good Day poursuit sur une atmosphère plus chaleureuse et optimiste, tandis que Honey Pie, Carolina Waltz, This or That et Nightcap développent chacun leur propre espace d’improvisation.

Le disque se referme avec One United (Live at Dizzy’s Club), capté au Dizzy’s Club du Jazz at Lincoln Center. Le morceau fait également le lien avec les débuts du pianiste puisqu’il s’agit d’une nouvelle version d’une composition déjà présente sur The Southern Suite.

Au-delà de la virtuosité, Sean Mason semble surtout chercher à préserver ce qui rend une performance musicale irremplaçable : l’écoute, l’accident heureux, le dialogue et cette petite part d’incontrôlable qui disparaît parfois lorsque l’on cherche à rendre chaque note parfaite.

Avec State of the Art, le pianiste américain propose donc un jazz contemporain qui ne tourne pas le dos à son histoire, mais qui accepte de regarder devant lui. Piano, basse, batterie et danse se retrouvent dans le même espace pour construire une musique collective, physique et spontanée. Une façon assez réjouissante de rappeler que, malgré les algorithmes et les studios toujours plus sophistiqués, le jazz reste avant tout une affaire de personnes qui jouent ensemble.

Membres

Sean Mason : piano, composition, production
Felix Moseholm : contrebasse
Domo Branch : batterie

Collaborateurs artistiques
Reyna Nuñez : danseuse-interprète
LeAndre Douglas : danseur-interprète

Discographie

Albums studio
2023 – The Southern Suite
2025 – A Breath of Fresh Air
2026 – State of the Art

Album en duo
2024 – My Ideal, avec Catherine Russell

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Azymuth : Feu sacré du groove brésilien

Les origines du groupe jazz brésilien

Né à Rio de Janeiro au début des années 1970, Azymuth s’impose comme un pilier du groove instrumental brésilien. Fondé par José Roberto Bertrami (claviers), Alex Malheiros (basse, guitare) et Ivan “Mamão” Conti (batterie, percussions), le trio a inventé son propre style, baptisé samba doido – la “samba folle”. Leur musique fusionne jazz, funk et samba, dans un équilibre vibrant entre sophistication et spontanéité.

Azymuth

Leur premier album, Azimüth (1975), annonce déjà la couleur : une musique libre, lumineuse et aventureuse. Mais c’est en 1979, avec Light as a Feather, que le groupe se fait connaître à l’international grâce au single “Jazz Carnival”, devenu un classique du jazz-funk mondial.

L’évolution sonore d’un groupe jazz brésilien incontournable

Au fil des décennies, Azymuth a su évoluer sans renier son identité. Les années 1980 voient le groupe s’imposer sur le label Milestone, multipliant les tournées internationales et les collaborations. Leur son, à la fois analogique et futuriste, inspire la scène acid jazz européenne des années 1990, tandis que les DJs samplent leurs grooves irrésistibles.

Après le décès de Bertrami en 2012, le claviériste Kiko Continentino rejoint la formation, assurant la continuité du son emblématique. En 2023, la disparition d’Ivan Conti entraîne l’arrivée du batteur Renato “Massa” Calmon, aux côtés d’Alex Malheiros, dernier membre fondateur.

Azymuth

Azymuth, entre héritage et modernité

Toujours en activité, Azymuth continue de produire et de se réinventer. Leur album Fênix (2016) symbolise une renaissance, suivi par des projets audacieux comme Azymuth JID004 (2020) et Marca Passo (2025). Leur musique reste une passerelle entre tradition et modernité, fusionnant rythmes brésiliens et textures électroniques.

Azymuth demeure l’un des rares groupes capables de faire danser le jazz, de rendre spirituel le funk et de transformer la samba en exploration cosmique.

Membres actuels d’Azymuth

Alex Malheiros : Basse, guitare
Kiko Continentino : Claviers
Renato “Massa” Calmon : Batterie

Anciens membres
José Roberto Bertrami : Claviers (1973–2012, décédé en 2012)
Ivan “Mamão” Conti : Batterie, percussions (1973–2023, décédé en 2023)

Discographie

Albums studio
1975 – Azimüth
1977 – Águia Não Come Mosca
1979 – Light as a Feather
1980 – Outubro
1981 – Telecommunication
1982 – Carnival
1983 – Rapid Transit
1984 – Flame
1987 – Crazy Rhythm
1995 – Woodland Warrior
1996 – Pieces of Ipanema
1998 – Aurora
2000 – Before We Forget
2002 – Partido Novo
2004 – Brazilian Soul
2008 – Butterfly
2016 – Fênix
2020 – Azymuth JID004
2025 – Marca Passo

Albums live
2008 – Aurora Live

Compilations
1999 – The Best of Azymuth
2012 – Demos (1973–75)

EPs
1983 – Telecommunication (Remixes)

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