Chet Faker explore la mémoire amoureuse avec “Over You”

Depuis plus d’une décennie, Chet Faker — alias de Nick Murphy — navigue entre succès fulgurant et métamorphoses artistiques. Révélé en 2011 grâce à une reprise virale de “No Diggity”, il impose rapidement une signature mêlant soul électronique, sensualité downtempo et pop alternative raffinée.

Après le triomphe de Built on Glass en 2014, Murphy choisit d’alterner entre son nom civil et son pseudonyme, marquant différentes phases créatives : introspection expérimentale sous Nick Murphy, puis retour à l’essence émotionnelle et texturée de Chet Faker.

Avec A Love for Strangers (2026), il poursuit cette trajectoire singulière, oscillant entre vulnérabilité, sophistication sonore et quête de connexion humaine. Voici sa discographie complète à ce jour.

Un retour attendu sous le signe de la renaissance

Le 13 février dernier, Chet Faker signait son grand retour discographique avec A Love for Strangers, un album attendu comme une renaissance. Deux semaines après sa sortie, le disque s’impose déjà comme l’un des chapitres les plus personnels et aboutis de Nick Murphy, revenu à son alias le plus emblématique après quatre années d’explorations parallèles.

Chet Faker

Chet Faker : Une renaissance assumée

Depuis ses débuts viraux en 2011, l’Australien n’a cessé de naviguer entre soul électronique, pop alternative et introspection feutrée. Avec A Love for Strangers, il renoue avec l’essence même de Chet Faker tout en élargissant son spectre sonore.

L’album succède à Hotel Surrender (2021) et arrive après une période marquée par des bouleversements personnels, notamment la disparition de son père durant la pandémie. Ce contexte irrigue l’ensemble des douze titres, traversés par la désillusion amoureuse, l’incertitude et une quête sincère de connexion humaine.

Murphy parle d’une collection de chansons d’amour — non pas adressées à une seule personne, mais à l’idée même de lien. Comment aimer quand tout semble vaciller ? Comment se relier à l’autre sans se perdre ? Voilà le fil rouge.

Une pop nocturne et tactile

Musicalement, le disque surprend par sa richesse texturale. Des saxophones nocturnes évoquant la délicatesse sophistiquée de Prefab Sprout ou de The Blue Nile se mêlent à des rythmiques breakbeat héritées de la fin des années 1990. L’ombre du mythique White Ladder de David Gray plane sur certaines ambiances, entre mélancolie lumineuse et production ample.

Dès les premières secondes de “Far Side of the Moon”, les breaks de batterie donnent le ton : organique, enveloppant, presque tactile. Murphy revendique d’ailleurs cette volonté de créer une musique que l’on “ressent” physiquement.

Le déménagement de New York à Tucson a également nourri l’écriture. “Remember Me”, né alors qu’il avait temporairement perdu la voix, illustre cette vulnérabilité brute. À l’exception d’une collaboration ponctuelle avec Simon Lam sur “Far Side of the Moon”, l’artiste a quasiment tout façonné seul, jusqu’au mixage — preuve d’une vision sonore précise et assumée.

“Over You”, la mémoire à vif

Sorti le 13 février en même temps que l’album, le single “Over You” marque une évolution électronique par rapport à la sobriété de “Can You Swim?”. Dix jours après sa mise en ligne, le morceau s’impose comme l’un des points d’ancrage émotionnels du projet.

Sur une production immersive et aérienne, Chet Faker superpose une voix sincère, presque fragile. Le refrain puissant capte cette sensation universelle : se perdre dans les souvenirs d’une relation condamnée, avec cette lucidité douloureuse qui dit que rien ne redeviendra comme avant.

Dix ans après Built on Glass

Ce retour intervient aussi dans le sillage du dixième anniversaire de Built on Glass (2014), l’album qui l’a propulsé au sommet grâce à des titres comme “Gold” et “Talk Is Cheap”. Rejouer ces morceaux a visiblement reconnecté Murphy à ses intuitions premières.

Avec A Love for Strangers, il signe sans doute son disque le plus empathique : un travail d’auto-guérison qui transforme la fragilité en force et la solitude en ouverture vers l’autre. Une œuvre profondément humaine, qui rappelle que l’on peut apprendre à aimer… même les inconnus.

Chet Faker A Love For Strangers

Membres de Chet Faker

Nick Murphy : Chant, claviers, production

Discographie de Chet Faker

Albums studio
2014 – Built on Glass
2019 – Run Fast Sleep Naked (sous le nom Nick Murphy)
2020 – Music for Silence (sous le nom Nick Murphy)
2021 – Hotel Surrender
2026 – A Love for Strangers

Albums live
2013 – Live Sessions
2013 – 18 Dec 2013 – Good Danny’s Austin, TX
2014 – iTunes Session

EPs
2012 – Thinking in Textures
2013 – Lockjaw (avec Flume)
2015 – Work (avec Marcus Marr)
2017 – Missing Link (sous le nom Nick Murphy)
2020 – Cassette #1 (sous le nom Nick Murphy)
2020 – Cassette #2 (sous le nom Nick Murphy)
2020 – Cassette #3 (sous le nom Nick Murphy)

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Randy Lover affine sa pop introspective

Un projet solo né du besoin d’introspection

Derrière Randy Lover se cache un musicien actif depuis une vingtaine d’années, connu notamment comme membre du groupe SunX. Habitué aux dynamiques collectives et à une énergie plus rock, l’artiste a ressenti le besoin de s’isoler pour explorer une facette plus personnelle de son écriture. Cette démarche en solo lui permet de s’affranchir des cadres habituels et d’aborder la musique comme un espace intime, presque thérapeutique.

Randy Lover

Entièrement réalisé chez lui, en Lorraine, dans son propre studio, le projet Randy Lover repose sur une volonté claire : ralentir, épurer et laisser parler l’émotion. Chanter en anglais, tout en écrivant ses textes en français, s’impose comme un choix naturel pour créer une distance propice à la pudeur et à la retenue.

Hare, un premier album tout en retenue

Son premier album studio, Hare, marque une rupture esthétique avec SunX (ex Sun Express). Composé de neuf titres, ce disque se distingue par une pop douce, introspective et volontairement minimaliste. La retenue y devient un moteur créatif, au service d’une sensibilité longtemps tenue à l’écart. Randy Lover y explore les contrastes entre agitation intérieure et quête de sérénité, assumant une vulnérabilité rarement exposée jusque-là.

La pochette de l’album, trouvée presque par hasard sur les réseaux sociaux, renforce cette dimension personnelle. Elle agit comme un écho discret à son histoire familiale, tout en prolongeant l’atmosphère contemplative du disque.

The Chair Next to the Sofa, un album de nostalgie

Prévu pour avril 2026, The Chair Next to the Sofa sera le deuxième album de Randy Lover. Entièrement conçu seul, ce nouveau disque s’annonce comme un condensé de nostalgie, où les absences, les souvenirs et les objets immobiles deviennent des vecteurs d’émotion. Entre pop alternative et formes plus intimistes, l’album évoque ces traces laissées dans une pièce, entre un fauteuil et un canapé, quand le passé refuse de se taire.

Ce nouvel opus prolonge la démarche introspective amorcée avec Hare, tout en approfondissant une écriture plus cinématographique et évocatrice. Une œuvre pensée comme un espace de mémoire, à la fois doux et mélancolique.

Randy Lover

Randy Lover : Une démarche artistique durable

Loin d’être une parenthèse, Randy Lover envisage son projet solo comme un terrain d’expression durable, complémentaire à l’aventure collective. Cette double identité lui permet de continuer à avancer, d’expérimenter et de transformer l’anxiété en matière artistique, sans renoncer au plaisir du groupe.

Randy Lover

Line-up

Randy Lover : Chant, guitare, composition, production

Discographie de Randy Lover

Albums studio
2024 – Hare
2026 – The Chair Next to the Sofa (date de sortie prévue en avril)

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Randy Lover a bien voulu se prêter au petit jeu de l’Auto-Interview sur Mazik

Pourquoi j'ai refait un disque ?

Lorsque j’ai terminé mon premier album (Hare), j’en étais très satisfait. S’en sont suivies des heures d’écoute, parce que j’ai toujours douté de tout ce que j’ai pu entreprendre dans ma vie. J’étais très fier de cet album, et je le suis toujours. J’ai donc décidé de le sortir véritablement : j’ai lancé la promotion, défini les singles, etc.

C’est à ce moment-là que j’ai compris d’où venait mon doute.

J’avais encore besoin de composer, j’avais encore des choses à dire.

J’ai donc attaqué la composition du deuxième album en même temps que la promotion du premier. Les sonorités étaient déjà définies quelque part, dans un coin de ma tête. Je savais inconsciemment ce que je voulais depuis le début.

À quoi j'espère qu'on pensera en l'écoutant seul ?

J’espère sincèrement que ce disque sera un remède pour beaucoup, comme il a pu l’être pour moi.

C’est un condensé de nostalgie, qui peut faire mal dans un premier temps. Il faut accepter que le temps passe trop vite et que nous ne revivrons probablement plus certains moments d’innocence de notre vie. Une fois cette amertume acceptée, j’aimerais que les auditeurs puissent se remémorer leurs plus beaux souvenirs de jeunesse, lorsqu’ils étaient enfants ou adolescents, à la poursuite de l’amour et de la liberté.

Ce disque, c’est un peu ça : des moments précieux ou marquants de ma vie, de l’enfance jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à ce que je me sente pleinement heureux, plus « sage » et apaisé.

Qu’est-ce qui le distingue du premier album ?

Je dirais : la maturité.

En terminant mon premier album, j’ai acquis une certaine expérience dans la composition, l’enregistrement, le mixage et le mastering. En attaquant le deuxième, je savais exactement ce que je ne voulais pas faire — ou ce qu’il ne fallait pas faire. Je savais aussi précisément quels sons j’allais utiliser.

Le fait de l’avoir composé dans la continuité du premier album peut quelque peu biaiser l’objectivité, mais j’étais encore « dans le bain » pour peaufiner des choses que j’avais volontairement laissées brutes.

Pour le premier album, j’ai saisi une adresse inconnue sur un GPS.

Pour le deuxième, j’ai atteint ma destination.

Un disque et un film incontournables selon moi ?

Comme film, j’opterais pour The Truman Show, je crois. J’ai grandi avec. C’est une masterclass, de la réalisation à la bande-son signée Philip Glass.

Bon… sinon, l’intégrale de Twin Peaks, évidemment.

Comme disque, j’hésite.

Pourquoi pas Disintegration de The Cure. Quitte à voir un astéroïde percuter la Terre avec le morceau éponyme en fond sonore, ça me paraît être une belle fin, non ?

Pour finir, soyons sérieux : Mon repas préféré ?

J’adore toutes les cuisines, et j’adore cuisiner. J’aime beaucoup le bon vin aussi.

Je dirais que la cuisine sud-américaine est ma préférée. Mais s’il faut choisir : une bonne entrecôte Angus, nappée d’un chimichurri pour rappeler l’Argentine, accompagnée d’un bon côtes-du-Rhône — Syrah, Grenache, Mourvèdre (à consommer avec modération).

 

Merci Randy et à bientôt 🙂

Jean-Luc Admin Mazik décembre 2025©