Picchio dal Pozzo, l’élégance italienne du Canterbury

Une formation atypique dans le prog italien

Né à Gênes en 1972, le groupe Picchio dal Pozzo se distingue comme l’une des rares formations italiennes directement influencées par la scène de Canterbury, celle de Soft Machine, Hatfield and the North ou Robert Wyatt. Alors que la plupart des groupes italiens du début des années 70 explorent le rock symphonique, Picchio dal Pozzo choisit une approche plus subtile et expérimentale, où jazz, pop et minimalisme se côtoient.

Le noyau du groupe repose sur Aldo De Scalzi, Paolo Griguolo et Andrea Beccari, complété par un collectif de musiciens invités, ce qui explique la richesse et la diversité de leur palette sonore. Flûtes aériennes, cuivres incisifs, piano électrique, basses fuzz et touches de chant pataphysique créent un univers à la fois raffiné et audacieux.

Picchio dal Pozzo et le Rock Progressivo Italiano (RPI)

Picchio dal Pozzo fait partie intégrante du Rock Progressivo Italiano (RPI), ce courant du prog italien des années 70. Le groupe partage le même contexte historique que PFM, Le Orme ou Banco del Mutuo Soccorso, mais s’en distingue par son approche plus expérimentale et cérébrale, fortement influencée par la scène Canterbury. Entre jazz, textures sonores originales et minimalisme, Picchio dal Pozzo représente le côté le plus audacieux et avant-gardiste du RPI, offrant une vision unique et raffinée du rock progressif italien.

Un premier album manifeste

Publié en 1976, leur premier album éponyme offre un tapis sonore dense et multicouche, mélangeant compositions structurées et passages libres. Les mélodies obliques, harmonies fluides et vagues de jazz se combinent à des éléments pop-romantiques et minimalistes, le tout ponctué par un chant théâtral et des paroles singulières. L’ensemble évoque un voyage sonore où l’on perçoit des échos de Canterbury, de Zappa et du prog britannique du Nord.

Picchio dal Pozzo

Cet album, considéré comme l’un des plus originaux et respectés issus de la scène progressive italienne des années 70, a été réédité par Grog Records, notamment pour le marché japonais, aux côtés d’autres formations cultes comme Latte e Miele, Celeste ou Corte dei Miracoli.

Un second opus plus audacieux

En 1980, Abbiamo Tutti i Suoi Problemi voit le jour. Plus structuré, l’album continue d’explorer des textures riches et des compositions complexes, avec un humour et une ironie qui rappellent les expérimentations de Frank Zappa. Le titre, issu d’une expression génoise volontairement incorrecte, illustre bien la volonté du groupe de jouer avec les codes et les attentes. Peu après cette sortie, le groupe se sépare, laissant derrière lui une discographie limitée mais essentielle.

Picchio dal Pozzo

Des archives précieuses et une renaissance tardive

Entre 1977 et 1980, le groupe enregistre des sessions en studio pour tester son matériel de sonorisation. Ces bandes inédites, publiées en 2001 sous le titre Camere Zimmer Rooms, révèlent un Picchio dal Pozzo fidèle à lui-même : des compositions inventives, un son immersif et une approche collective de la musique qui dépasse la simple captation live.

 

Plus tard, des projets comme Pic_nic@Valdapozzo (2004) et In Camporella (2023) prolongent la trajectoire du groupe, faisant revivre leur univers à travers des archives et de nouvelles explorations sonores.

Picchio dal Pozzo

Une œuvre rare mais influente

Picchio dal Pozzo incarne un rare équilibre entre exigence et accessibilité. Leur musique, riche et raffinée, mêle jazz, rock, minimalisme et expérimentations théâtrales. Elle constitue un exemple unique de l’influence de Canterbury sur le rock progressif italien, et demeure une référence pour les amateurs de prog inventif et élégant.

Membres de Picchio dal Pozzo

Andrea Beccari : Basse, flûte
Aldo De Scalzi : Chant, claviers, guitare
Aldo Di Marco : Batterie, percussions
Paolo Griguolo : Guitare, clarinette, chant
Claudio Lugo : Saxophone, flûte
Roberto Romani : Saxophone ténor, flûte

Invités :
Francesco Tregrossi : Guitare acoustique
Roberto Bologna : Guitare
Giorgio Karaghiosoff : Saxophone, flûte

Discographie Picchio dal Pozzo

Albums studio
1976 – Picchio dal Pozzo
1980 – Abbiamo Tutti i Suoi Problemi

Archives et albums ultérieurs
2001 – Camere Zimmer Rooms
2004 – Pic_nic@Valdapozzo
2011 – A_Live
2023 – In Camporella

Site web (archive)

GLEN frappe fort avec It Was A Bright Cold Day In April

GLEN. It was a bright cold day in April,

Le 20 février 2026, les Berlinois de Glen, groupe formé en 2015, sortent leur quatrième album studio, It Was A Bright Cold Day In April, chez Kapitän Platte, distribué par Cargo Records. Un disque instrumental dense et ambitieux qui confirme la singularité de ce quatuor à part dans le paysage européen.

Le titre, emprunté à la célèbre phrase d’ouverture de 1984 de George Orwell, n’a rien d’anecdotique. Il suggère un climat d’instabilité, un monde en suspens, où l’ordre apparent peut basculer à tout instant. Cette tension diffuse irrigue l’ensemble de l’album.

GLEN. It was a bright cold day in April,

Une architecture sonore pensée comme un récit

Conçu comme une œuvre en cinq actes, le disque s’appuie sur une structure quasi narrative, renforcée par cinq poèmes intégrés au gatefold (pochette d’album qui s’ouvre en deux volets, comme un livre). L’ouverture avec Frenzy est un véritable tourbillon : guitares en friction, batterie martelée, montée en pression continue. Glen y affirme son goût pour le chaos maîtrisé, cette énergie brute tenue par une ossature rigoureuse.

Lotosesser installe ensuite une atmosphère plus hypnotique, presque trompeuse, avant que Brute Force ne déchire l’espace avec l’apport grinçant de la daxophone de Kriton Beyer et les interventions incisives des saxophones soprano et baryton de Norbert Stammberger. La matière sonore se fissure, grince, respire.

Avec Sublime, le groupe joue sur la suspension : une élévation fragile, aussitôt ramenée vers la gravité. Enfin, “… and the clocks were striking thirteen” referme l’album comme un avertissement, écho direct à l’univers dystopique d’Orwell. Les éditions CD et digitale proposent deux titres supplémentaires, Zugzwang et Il Ricordo, prolongeant l’expérience.

Une évolution constante depuis 2017

Depuis Crack (2017), Glen creuse un sillon exigeant. Ce premier album, collision frontale entre noise et structures libres, a posé les bases d’un langage singulier. Pull! (2021) puis I Can See No Evil (2023) ont élargi la palette, introduisant davantage de profondeur spatiale et une dynamique plus cinématographique.

Avec It Was A Bright Cold Day In April, le quatuor allemand affine encore son identité. Les compositions s’allongent, les arcs de tension se déploient avec patience, les motifs minimalistes émergent puis se transforment au fil d’une évolution organique. Glen se montre moins intéressé par la chanson que par le processus : répétition, friction, métamorphose progressive.

Un son sculpté avec précision

Enregistré au studio andereBaustelle à Berlin par Boris Wilsdorf (connu pour son travail avec Einstürzende Neubauten) et mixé par le producteur MACK, passé par les studios de Giorgio Moroder et collaborateur de groupes tels que Led Zeppelin ou Queen, l’album bénéficie d’une clarté sonore impressionnante. Chaque texture, même la plus abrasive, conserve sa lisibilité.

Le line-up reste fidèle à sa formule : deux guitares (Wilhelm Stegmeier et Eleni Ampelakiotou), basse (Roland Feinaeugle) et batterie (Achim Faerber), enrichis de clavinet, synthétiseurs et interventions invitées. L’ensemble oscille entre minimalisme et éruption, précision structurelle et improvisation libre.

À la croisée de l’avant-rock européen, de l’esprit No New York et de réminiscences krautrock, Glen poursuit sa route sans compromis. Abstrait, parfois déroutant, mais toujours habité. Un disque exigeant, certes, mais captivant pour qui accepte de s’y immerger.

Membres de Glen

Wilhelm Stegmeier : Guitare
Eleni Ampelakiotou : Guitare
Roland Feinaeugle : Basse
Achim Faerber : Batterie

Discographie de Glen

Albums studio
2017 – Crack
2021 – Pull!
2023 – I Can See No Evil
2026 – It Was A Bright Cold Day In April

Site Officiel | Linktree | InstagramBandcamp | Youtube | Facebook