Atsuko Chiba, alchimistes du rock expérimental

Dans le bouillonnement créatif de Montréal, Atsuko Chiba s’impose comme une entité à part. Le quintette canadien développe depuis ses débuts une esthétique singulière, qualifiée de « rock angulaire et puissant », où les structures éclatées rencontrent une forme d’hypnose sonore. À la croisée du post-rock, du rock progressif et du krautrock, le groupe brouille volontairement les pistes, préférant les détours audacieux aux chemins balisés.

Cette identité musicale repose sur une écriture décalée mais maîtrisée, capable de transformer chaque morceau en paysage mouvant. Chez Atsuko Chiba, les textures s’entrelacent, les rythmes se dérobent, et les ambiances évoluent avec une fluidité presque organique.

Atsuko Chiba photo Anthony Piazza
crédit photo Anthony Piazza

Atsuko Chiba : Une discographie en constante mutation

Depuis sa formation, Atsuko Chiba a construit un parcours cohérent mais jamais figé. Le groupe a publié trois albums remarqués — Jinn, Trace et Water, It Feels Like It’s Growing — ainsi que deux EPs, Figure and Ground et The Memory Empire. À chaque sortie, les Montréalais enrichissent leur palette sonore, intégrant de nouvelles influences sans jamais perdre leur fil conducteur.

L’année 2025 marque un tournant avec les titres « Pope’s Cocaine » et « Climax Therapy », deux morceaux incisifs qui annoncent une évolution vers des territoires encore plus hybrides.

Atsuko Chiba : Un nouvel album introspectif et audacieux

Le 24 avril 2026, Atsuko Chiba a dévoilé un quatrième album éponyme, publié via Mothland. Ce disque marque une étape importante dans leur trajectoire : plus introspectif, plus nuancé, mais tout aussi ambitieux. En à peine 32 minutes, le groupe propose six compositions qui explorent des territoires allant du trip-hop à la chamber pop, en passant par des nappes ambient délicates.

Atsuko Chiba

Loin des guitares saturées de leurs débuts, les musiciens privilégient ici la retenue, les dynamiques et les espaces. Les percussions se font plus subtiles, les synthétiseurs prennent de l’ampleur, et la voix devient un véritable vecteur émotionnel. Cette évolution confère à l’album une dimension presque intime, comme une plongée dans une réflexion collective.

“Pretense” et “Future Ways” : un diptyque bouleversant

Parmi les moments forts du disque, le diptyque « Pretense » / « Future Ways » se distingue par sa puissance narrative. Pensés à l’origine comme une seule pièce, ces deux titres explorent le deuil, la mémoire et la résilience.

« Pretense » s’impose comme une méditation poignante sur la perte, portée par des arrangements aériens et une mélancolie palpable. En écho, « Future Ways » propose une forme de reconstruction, avançant avec une énergie contenue mais déterminée. Le contraste entre les deux morceaux illustre parfaitement la capacité du groupe à transformer l’intime en matière sonore universelle.

Une création collective et instinctive

Pour concevoir cet album, Atsuko Chiba a adopté une approche libre et instinctive. Les sessions d’enregistrement, basées sur l’improvisation et l’expérimentation, ont permis de faire émerger des idées sans contrainte. Chaque membre du groupe a participé activement à la production, renforçant l’aspect collectif du projet.

Ce processus a également conduit à des choix artistiques forts : limitation volontaire des instruments, exploration de nouvelles textures, superposition de sources sonores pour créer des percussions inédites. Résultat : un album riche, nuancé, qui privilégie la subtilité à la démonstration.

Une œuvre entre ombre et lumière

Atsuko Chiba livre ici son travail le plus vulnérable. L’album oscille entre mélancolie et espoir, entre perte et renaissance. Cette tension permanente donne naissance à une œuvre profondément humaine, où chaque note semble porter une intention.

En repoussant ses propres limites, le groupe confirme sa place à part dans le paysage du rock expérimental contemporain. Une musique exigeante, certes, mais capable de toucher au plus profond.

Membres d’Atsuko Chiba

Anthony Piazza : Batterie, percussions, batterie électronique
David Palumbo : Basse, basse VI, chant
Eric Schafhauser : Guitare, synthétiseurs
Karim Lakhdar : Chant, guitare, synthétiseurs
Kevin McDonald : Synthétiseurs, guitare

Discographie d’Atsuko Chiba

Albums studio
2013 – Jinn
2019 – Trace
2022 – Water, It Feels Like It’s Growing
2026 – Atsuko Chiba

EP’s
2016 – Figure and Ground
2018 – The Memory Empire

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Mario Evangelista, l’art du murmure musical

Un musicien aux multiples vies sonores

Depuis plus de vingt ans, Mario Evangelista trace un parcours singulier dans le paysage musical européen. Guitariste, compositeur, arrangeur et multi-instrumentiste, cet artisan du son basé à Florence en Italie s’est imposé comme un véritable caméléon musical, capable de naviguer entre blues, folk, jazz et musiques du monde.

Actif au sein de formations telles que Pitchtorch, The Gutbuckets ou encore le Collettivo Jambona, il s’illustre aussi comme producteur et musicien de studio, collaborant avec de nombreux artistes internationaux. Son travail l’a conduit jusque dans des lieux mythiques comme les Abbey Road Studios, symbole d’une exigence sonore et artistique constante.

Parallèlement à sa carrière de musicien, Evangelista développe une activité intellectuelle autour de la musique : diplômé en musicologie, enseignant, auteur et journaliste spécialisé, il cultive une approche globale où théorie et pratique dialoguent en permanence.

Da Capo : repartir de zéro pour mieux se retrouver

Le 15 mai 2026 marque un tournant avec la sortie de Da Capo, son premier véritable album solo instrumental. Un titre évocateur – littéralement “depuis le début” – qui traduit une volonté de renaissance artistique.

Avec ce disque, Evangelista choisit l’épure. Exit les formats collectifs : place à une guitare acoustique habitée, au service de compositions pensées comme des tableaux sonores. Chaque morceau agit comme un fragment de mémoire, une trace sensible de ses expériences accumulées entre studios, scènes et voyages.

L’album se compose de huit titres aux influences multiples, puisant aussi bien dans les traditions corses et africaines que dans les musiques méditerranéennes, irlandaises ou le blues. Une diversité qui ne cherche jamais la démonstration, mais plutôt la suggestion, le détail, le souffle.

Mario Evangelista - Da Capo
crédit photo : Paolo Scarano

“Diarabi”, premier éclat d’un voyage intérieur

Disponible depuis le 27 mars 2026, le single Diarabi ouvre la porte de cet univers introspectif. Inspiré de la tradition des griots maliens, ce morceau construit autour de la kora incarne parfaitement l’esprit du projet : une musique qui murmure plus qu’elle ne s’impose.

À contre-courant d’un monde sonore saturé, Da Capo revendique une esthétique du silence et de la nuance. Evangelista y célèbre la puissance du minimalisme, où chaque note compte et où l’émotion se niche dans les interstices.

Mario Evangelista : Un parcours riche entre collectifs et collaborations

Avant cette aventure solo, Mario Evangelista s’est illustré dans plusieurs projets marquants. Avec Pitchtorch, aux côtés de Danilo Gallo et Marco Biagiotti, il signe deux albums salués pour leur originalité, dont I Can See The Light From Here (2023) avec la participation de Joachim Cooder.

Avec The Gutbuckets, il explore les racines de la musique afro-américaine, entre delta blues et jazz traditionnel, tandis que le Collettivo Jambona lui permet de revisiter l’héritage du grand Piero Ciampi à travers le projet Noi, Piero, récompensé par le Prix Ciampi 2025.

Ces expériences nourrissent aujourd’hui une écriture personnelle plus intime, mais toujours ouverte sur le monde.

Un album comme une respiration pour Mario Evangelista

Enregistré, mixé et masterisé par Antonio Castiello au Jambona Lab Studio de Livourne, Da Capo se présente comme une œuvre cohérente et profondément humaine. Evangelista y joue notamment sur des guitares Martin et National, enrichissant son univers d’instruments atypiques et de textures subtiles.

Tracklist de « Da Capo »

01 – La plage en bas 2:56
02 – Magnolia 2:48
03 – Diarabi 3:04
04 – Pitchtorch 3:49
05 – L’abandon 3:30
06 – L’acqua cheta 2:41
07 – Recercare 3:06
08 – Sunday Morning Blues 3:00

Chaque titre possède sa propre identité :
« La plage en bas » évoque la Corse et ses rivages, « Magnolia » parle de départs, « Sunday Morning Blues » détourne les codes du blues traditionnel, tandis que « Recercare » laisse place à l’improvisation pure.

Plus qu’un simple album, Da Capo est une déclaration artistique : celle d’un musicien qui choisit de ralentir, d’écouter et de redonner du sens à chaque vibration.

Discographie de Mario Evangelista

Albums studio (solo)
2026 – Da Capo

Avec Pitchtorch
2019 – Pitchtorch
2023 – I Can See The Light From Here

Avec The Gutbuckets
2014 – Kick Out The Lomax
2016 – Gasfire Rag
2022 – Made In Jambona

Avec Collettivo Jambona
2026 – Noi, Piero

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