Le 20 février 2026, les Berlinois de Glen, groupe formé en 2015, sortent leur quatrième album studio, It Was A Bright Cold Day In April, chez Kapitän Platte, distribué par Cargo Records. Un disque instrumental dense et ambitieux qui confirme la singularité de ce quatuor à part dans le paysage européen.
Le titre, emprunté à la célèbre phrase d’ouverture de 1984 de George Orwell, n’a rien d’anecdotique. Il suggère un climat d’instabilité, un monde en suspens, où l’ordre apparent peut basculer à tout instant. Cette tension diffuse irrigue l’ensemble de l’album.
Une architecture sonore pensée comme un récit
Conçu comme une œuvre en cinq actes, le disque s’appuie sur une structure quasi narrative, renforcée par cinq poèmes intégrés au gatefold (pochette d’album qui s’ouvre en deux volets, comme un livre). L’ouverture avec Frenzy est un véritable tourbillon : guitares en friction, batterie martelée, montée en pression continue. Glen y affirme son goût pour le chaos maîtrisé, cette énergie brute tenue par une ossature rigoureuse.
Lotosesser installe ensuite une atmosphère plus hypnotique, presque trompeuse, avant que Brute Force ne déchire l’espace avec l’apport grinçant de la daxophone de Kriton Beyer et les interventions incisives des saxophones soprano et baryton de Norbert Stammberger. La matière sonore se fissure, grince, respire.
Avec Sublime, le groupe joue sur la suspension : une élévation fragile, aussitôt ramenée vers la gravité. Enfin, “… and the clocks were striking thirteen” referme l’album comme un avertissement, écho direct à l’univers dystopique d’Orwell. Les éditions CD et digitale proposent deux titres supplémentaires, Zugzwang et Il Ricordo, prolongeant l’expérience.
Une évolution constante depuis 2017
Depuis Crack (2017), Glen creuse un sillon exigeant. Ce premier album, collision frontale entre noise et structures libres, a posé les bases d’un langage singulier. Pull! (2021) puis I Can See No Evil (2023) ont élargi la palette, introduisant davantage de profondeur spatiale et une dynamique plus cinématographique.
Avec It Was A Bright Cold Day In April, le quatuor allemand affine encore son identité. Les compositions s’allongent, les arcs de tension se déploient avec patience, les motifs minimalistes émergent puis se transforment au fil d’une évolution organique. Glen se montre moins intéressé par la chanson que par le processus : répétition, friction, métamorphose progressive.
Un son sculpté avec précision
Enregistré au studio andereBaustelle à Berlin par Boris Wilsdorf (connu pour son travail avec Einstürzende Neubauten) et mixé par le producteur MACK, passé par les studios de Giorgio Moroder et collaborateur de groupes tels que Led Zeppelin ou Queen, l’album bénéficie d’une clarté sonore impressionnante. Chaque texture, même la plus abrasive, conserve sa lisibilité.
Le line-up reste fidèle à sa formule : deux guitares (Wilhelm Stegmeier et Eleni Ampelakiotou), basse (Roland Feinaeugle) et batterie (Achim Faerber), enrichis de clavinet, synthétiseurs et interventions invitées. L’ensemble oscille entre minimalisme et éruption, précision structurelle et improvisation libre.
À la croisée de l’avant-rock européen, de l’esprit No New York et de réminiscences krautrock, Glen poursuit sa route sans compromis. Abstrait, parfois déroutant, mais toujours habité. Un disque exigeant, certes, mais captivant pour qui accepte de s’y immerger.
Membres de Glen
Wilhelm Stegmeier : Guitare
Eleni Ampelakiotou : Guitare
Roland Feinaeugle : Basse
Achim Faerber : Batterie
Discographie de Glen
Albums studio
2017 – Crack
2021 – Pull!
2023 – I Can See No Evil
2026 – It Was A Bright Cold Day In April
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