Steven Troch, l’harmonica blues venu de Belgique

Steven Troch Band

Le blues n’a décidément pas besoin d’un passeport américain pour continuer à vibrer avec authenticité. Depuis la Belgique, Steven Troch fait partie de ces musiciens qui ont parfaitement compris que respecter une tradition ne signifie surtout pas rester prisonnier de ses codes. Harmoniciste, chanteur, compositeur et véritable homme-orchestre, il s’est imposé au fil des années comme l’une des figures intéressantes du blues et des musiques roots belges.

Endorsé par Hohner, Steven Troch possède une relation particulièrement étroite avec l’harmonica. Mais réduire son univers à son instrument fétiche serait une erreur : sa voix, son écriture et son goût pour les mélanges stylistiques participent pleinement à son identité. À la tête du Steven Troch Band, il développe un Rhythm & Blues énergique qui regarde autant vers les maîtres du passé que vers une création contemporaine assumée.

Steven Troch Band

De la contamination Rhythm & Blues au Steven Troch Band

Steven Troch a été « contaminé » par le Rhythm & Blues à la fin de son adolescence. Une contamination dont, manifestement, il ne cherche surtout pas à guérir ! Au contraire, il va progressivement approfondir son rapport à l’harmonica et aux racines du blues pour devenir un musicien reconnu bien au-delà des frontières belges.

Son approche s’inspire notamment des grands maîtres du blues ancien, mais aussi de figures plus modernes de l’harmonica telles que Gary Primich, William Clarke, Steve Baker ou Joe Filisko. Cette filiation ne l’empêche jamais de développer une personnalité propre. C’est même probablement là que réside une partie de son intérêt : Steven Troch connaît ses classiques, mais il ne les récite pas.

Lauréat de deux concours internationaux consacrés à l’harmonica, il s’est produit dans plus de dix pays et a accompagné plusieurs artistes internationaux. Son harmonica apparaît également sur plusieurs dizaines d’albums, témoignant d’une activité de musicien de session particulièrement conséquente. Son propre site évoque aujourd’hui plus de quarante albums sur lesquels on peut entendre son instrument.

Après diverses expériences dans la scène blues et roots, Steven Troch franchit une nouvelle étape en 2016 en développant son propre groupe. Le Steven Troch Band va alors devenir son principal laboratoire musical.

Un blues qui regarde devant lui

Le Steven Troch Band possède cette qualité assez rare de pouvoir jouer un blues qui sonne authentique sans donner l’impression d’avoir été enfermé dans un musée.

À la base, on trouve bien entendu les sonorités du Chicago blues, aussi bien acoustiques qu’amplifiées. Mais Troch ne s’interdit aucune escapade. Rhythm & Blues, swing, country, Americana et autres influences roots viennent régulièrement enrichir ses compositions.

Le résultat est un blues contemporain, parfois rugueux, parfois plus sophistiqué, mais toujours porté par une solide énergie collective. La guitare peut se faire mordante, la section rythmique particulièrement efficace et l’harmonica occupe naturellement une place centrale sans écraser les autres instruments.

Le groupe s’est ainsi produit dans de nombreux festivals et clubs européens, notamment aux Pays-Bas, en France, en Allemagne et en Suède, ce qui a contribué à installer sa réputation au-delà de la Belgique.

Une voix, une écriture et surtout une vraie personnalité

Steven Troch n’est pas seulement un virtuose de l’harmonica. Il est également un chanteur capable de donner du relief à ses textes et un compositeur attentif aux atmosphères.

Cette dimension prend une importance particulière dans ses albums. Les chansons ne sont pas de simples prétextes à démonstration instrumentale. Elles racontent quelque chose, suggèrent des histoires et laissent parfois suffisamment d’espace à l’auditeur pour interpréter ce qu’il entend.

C’est particulièrement évident sur The Call, troisième album studio de Steven Troch, paru le 15 avril 2022. L’album revendique une position intéressante : un pied dans le XXe siècle et l’autre dans le présent. Le blues reste le socle, mais il est enrichi de changements de tonalité, de tempo et de textures.

Sur ce disque, Steven Troch ne se contente d’ailleurs pas de chanter et de jouer de l’harmonica. Il utilise également la mélodica, le cosmic bow et même la scie musicale. Une façon assez parlante de rappeler que le bonhomme n’est pas du genre à laisser une idée sonore intéressante au bord de la route.

« The Dawning », un groupe qui élargit son horizon

Avec The Dawning, paru le 25 avril 2025, le Steven Troch Band franchit une nouvelle étape. Présenté comme son quatrième album studio, le disque est probablement celui qui illustre le mieux cette volonté d’élargir le vocabulaire musical du groupe.

Le blues demeure présent, évidemment, mais il se retrouve désormais au milieu d’un paysage beaucoup plus vaste où se croisent country, swing, R&B et différentes formes de roots music. Les morceaux peuvent ainsi passer du rugueux au plus sophistiqué sans perdre la cohérence de l’ensemble.

La force de The Dawning tient justement à cette diversité. Le groupe ne cherche pas à empiler artificiellement les influences : elles semblent naturellement intégrées à son langage.

La pochette, signée Iris Van Der Kerken, évoque elle aussi cette idée d’aube et de nouveau départ. Et musicalement, le disque porte bien son titre : quelque chose se lève, quelque chose s’ouvre.

La formation actuelle réunit Steven Troch au chant et à l’harmonica, Matt T. Mahony à la guitare, Liesbeth Sprangers à la basse et aux choeurs et Dennis de Gier à la batterie, aux percussions et aux choeurs. Des musiciens auxquels viennent ponctuellement s’ajouter différents invités, notamment Tom Eylenbosch, Vic Ruggiero ou Laura Vandeheede.

The Dawning Steven Troch Band

Une alchimie collective

Si Steven Troch demeure évidemment le visage et la voix du groupe, le Steven Troch Band fonctionne avant tout comme une véritable formation.

Liesbeth Sprangers apporte une basse particulièrement solide, tandis que Dennis de Gier élargit considérablement le registre rythmique du groupe. À la guitare, Matt T. Mahony dispose de suffisamment d’espace pour sortir du rôle de simple accompagnateur et apporter ses propres couleurs.

C’est cette interaction qui permet au groupe de dépasser le traditionnel format « chanteur-harmoniciste accompagné par un groupe de blues ». Les musiciens construisent ensemble une identité sonore où chaque instrument contribue à l’équilibre général.

Et puis il y a cette capacité à surprendre. The Call le démontrait déjà avec ses variations de timbres, de tonalités et de tempos. The Dawning pousse encore plus loin cette logique en multipliant les passerelles entre les différents territoires des musiques roots.

Une discographie qui raconte une évolution

La discographie de Steven Troch et du Steven Troch Band permet de suivre cette évolution. Après Nice ‘n’ Greasy, son premier album solo paru en 2016, viennent les productions du groupe, qui vont progressivement élargir son approche du blues.

Albums studio
2016 – Nice ‘n’ Greasy
2018 – Rhymes For Mellow Minds
2022 – The Call
2025 – The Dawning

Compilation
2020 – Leftovers

Live
2024 – Live @ MindYourHead

La discographie publiée sur Bandcamp recense également plusieurs singles et titres sortis entre les albums, dont Sweetest Angel, Bad Love et Old Oak Tree.

Steven Troch, un bluesman sans frontières

Ce qui rend Steven Troch particulièrement intéressant est finalement assez simple : il possède une connaissance profonde du blues sans avoir besoin de constamment démontrer qu’il la possède.

Son harmonica peut être incisif, son chant chaleureux ou rugueux selon les circonstances, tandis que son écriture lui permet de sortir régulièrement des sentiers balisés. Avec le Steven Troch Band, il transforme cette culture blues en une matière vivante, capable d’accueillir le swing, la country, le R&B ou l’Americana.

The Dawning confirme ainsi une évolution déjà perceptible sur The Call. Le blues reste la colonne vertébrale, mais les murs commencent sérieusement à tomber autour d’elle. Et c’est probablement la meilleure manière de faire vivre une musique née il y a plus d’un siècle : en la respectant suffisamment pour pouvoir encore la faire évoluer.

Steven Troch est donc bien plus qu’un excellent harmoniciste belge. C’est un musicien complet, curieux et expérimenté, dont le parcours démontre qu’un instrument aussi ancien que l’harmonica peut encore ouvrir de nombreuses portes. Il suffit simplement d’avoir envie de les pousser.

Membres du Steven Troch Band

Steven Troch : Chant, harmonica
Matt T. Mahony : Guitare
Liesbeth Sprangers : Basse, chœurs
Dennis de Gier : Batterie, percussions, chœurs

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Thomas Hirsch : quand le jazz-blues devient récit

Thomas Hirsch revient avec Thom And The Tone Masters et un nouveau projet particulièrement personnel : Time Will Heal You – Session 1, attendu le 18 septembre 2026 chez Inouïe Distribution. Entre jazz, blues et narration instrumentale, le guitariste français poursuit une démarche où les instruments semblent avoir autant à dire que les musiciens qui les jouent.

Thomas Hirsch : De la guitare qui parle au jazz qui raconte

Thomas Hirsch est musicien, guitariste, compositeur et leader de la formation Thom And The Tone Masters. Son parcours commence avec une révélation assez simple, mais déterminante : adolescent, un camarade lui fait écouter « Double Trouble ». Le déclic est immédiat. La guitare lui parle. Il en achète une et apprend en autodidacte, essentiellement à l’oreille, en nourrissant sa pratique de l’écoute des disques.

D’abord tourné vers le blues, il va progressivement rencontrer des musiciens professionnels qui l’accompagnent vers le jazz et le swing. Une évolution naturelle pour celui qui ne cherche pas simplement à reproduire des codes, mais à comprendre ce qu’ils peuvent encore raconter aujourd’hui.

En 2015 paraît Rhythm Shot, son premier album. Un disque de jazz-blues instrumental aux accents west-coast, remarqué par la presse et récompensé d’un Award aux USA dans la catégorie blues junction, comme meilleur album instrumental.

Quatre ans plus tard, Thomas Hirsch publie l’EP Chippewa. Inspiré par les grands espaces d’Amérique du Nord et par l’idée de liberté qui leur est associée, le disque laisse davantage de place à l’émotion et à une écriture personnelle. Le titre phare, une rumba en mode mineur, illustre notamment cette volonté de sortir du simple exercice de style.

Thomas Hirsch : Une guitare entre blues et West Coast

Le jeu de Thomas Hirsch se situe à la croisée de plusieurs traditions. Son approche puise notamment chez Duke Robillard et Jimmie Vaughan, tout en revendiquant des influences venues du jazz avec John Scofield, Kenny Burrell, mais aussi Billy Butler, Art Pepper et Tiny Grimes.

Cette diversité ne donne pourtant pas l’impression d’un catalogue d’influences. Elle nourrit plutôt une identité où le swing, le blues et le jazz west-coast se rencontrent avec une certaine élégance. Le guitariste privilégie le groove, la mélodie et surtout cette capacité à faire respirer les notes.

Après avoir joué dans différentes formations et partagé l’affiche avec des artistes comme Johnny Winter et Junior Watson, Thomas Hirsch s’est également produit dans plusieurs lieux emblématiques, du Jazz Café Montparnasse au Sunset, en passant par le Caveau de la Huchette et le Music Village de Bruxelles. Il a aussi participé au festival Cognac Blues Passions, qu’il avait remporté avec les Blues Eaters en 2010.

Time Will Heal You, une nouvelle étape

Après une période de pause et d’introspection, Thomas Hirsch revient avec une ambition qui dépasse la simple sortie d’un nouvel album : faire vivre les instruments pour qu’ils racontent une histoire.

C’est précisément le principe de Time Will Heal You – Session 1. Le guitariste a choisi de penser son travail sous la forme de sessions et d’épisodes, afin de laisser davantage de place à la composition et à son évolution. Cette première session constitue donc le début d’un projet appelé à se développer.

Le titre Time Will Heal You porte lui-même un message de patience et de résilience. Il ne s’agit pas ici de délivrer une morale ou un discours appuyé, mais plutôt de laisser la musique suggérer un cheminement. Le temps fait son travail, les blessures évoluent, et les instruments deviennent les narrateurs de cette expérience.

Musicalement, cette nouvelle production annonce un jazz-blues instrumental plus moderne dans son traitement, tout en conservant les racines qui ont construit l’identité de Thomas Hirsch. Piano Rhodes, trompette, saxophone, contrebasse, batterie et guitare composent un ensemble où la couleur sonore semble aussi importante que la virtuosité.

Six titres pour une histoire sans paroles

Time Will Heal You – Session 1 rassemble six titres, dont cinq compositions, portés par une technique instrumentale jazz-blues volontairement épurée et par un travail mélodique particulièrement soigné.

L’intérêt du projet réside justement dans cette volonté de raconter sans paroles. Ici, pas besoin de chanteur pour installer une tension, une atmosphère ou une émotion. La trompette de Julien Silvand peut apporter une forme de fragilité, le saxophone de Laurent Meyer enrichit les textures, tandis que les claviers d’Olivier Cantrelle viennent compléter l’architecture sonore.

Thomas Hirsch (time will heal you - thom and the tone masters)

À la contrebasse, Bertrand Couloume et à la batterie, Simon Boyer constituent une section rythmique capable de soutenir aussi bien les passages les plus blues que les inflexions jazz. Au centre, Thomas Hirsch fait parler sa guitare.

Cette formation permet à Thom And The Tone Masters de construire une musique à la fois raffinée et instinctive, suffisamment précise pour séduire les amateurs de jazz, mais assez directe pour conserver l’énergie émotionnelle du blues.

Une musique qui préfère suggérer que démontrer

Ce qui distingue Time Will Heal You – Session 1 dans la démarche de Thomas Hirsch, c’est finalement cette volonté de remettre la narration au cœur de l’instrumental.

Chaque morceau semble conçu comme une scène plutôt que comme une démonstration technique. Il y a du groove, des respirations, des tensions et des relâchements. Une manière de rappeler que le jazz et le blues sont avant tout des musiques vivantes, capables de transmettre une histoire sans avoir besoin de la verbaliser.

Avec cette première session, Thomas Hirsch ne cherche donc pas à tourner le dos à ses racines. Il les fait évoluer. Le blues demeure présent, le jazz apporte sa liberté, le swing donne le mouvement et les arrangements ouvrent un espace plus contemporain.

Une démarche qui colle parfaitement à la phrase du guitariste : « Rendre les instruments vivants afin qu’ils racontent des histoires, son histoire. »

Thomas Hirsch

Thom And The Tone Masters sur scène

La sortie de Time Will Heal You – Session 1 sera accompagnée de plusieurs rendez-vous scéniques. Le groupe sera notamment présent au Jazz En Nord Festival à Marcq-en-Baroeul le 15 septembre, quelques jours avant la sortie officielle de l’album.

Deux autres dates sont annoncées : le 4 octobre au Théâtre du Blanc-Mesnil, puis les 26 et 27 novembre au Caveau de la Huchette à Paris. Des rendez-vous qui devraient permettre de mesurer toute la dimension narrative de cette musique lorsqu’elle quitte le studio pour retrouver la scène.

Avec Time Will Heal You – Session 1, Thomas Hirsch ouvre donc un nouveau chapitre de son parcours. Un chapitre où le jazz et le blues ne servent pas seulement de territoires musicaux, mais deviennent un langage. Et lorsque la guitare raconte, il suffit parfois de prendre le temps d’écouter.

À retenir concernant Thomas Hirsch

Thomas Hirsch est un guitariste, compositeur et leader français qui construit un jazz-blues instrumental entre swing, West Coast et narration émotionnelle. Avec Thom And The Tone Masters, il privilégie une musique où chaque instrument participe au récit.

Membres de Thom And The Tone Masters

Thomas Hirsch : guitare, composition, direction artistique
Bertrand Couloume : contrebasse
Simon Boyer : batterie
Olivier Cantrelle : claviers
Julien Silvand : trompette
Laurent Meyer : saxophone

Discographie de Thomas Hirsch

Albums studio
2015 – Rhythm Shot

EP
2019 – Chippewa
2026 – Time Will Heal You – Session 1

Singles
2026 – Blues for P.C.
2026 – 71.2°

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